Jeu de carte… électorale
La nouvelle carte électorale qu’a proposée Marcel Blanchet, directeur général des élections (DGE), n’a pas fait que des heureux. La disparition de trois circonscriptions en région et le fait d’en créer de nouvelles dans la couronne de Montréal a suscité les hauts cris à l’Assemblée nationale. On peut comprendre ces réactions, mais il n’appartient pas aux élus d’accepter ou de refuser les changements proposés. À moins qu’ils décident de modifier la loi.
Nos élus ont parfois de grands moments de lucidité. Pour se prémunir contre eux-mêmes, ils ont adopté une loi en 1979 qui confiait au directeur général des élections du Québec le mandat de façonner la carte électorale. Ce faisant, ils s’évitaient d’avoir la tentation de jouer avec les règles pour avantager une personne ou un parti, tout en s’assurant de protéger les grands principes démocratiques.
Le mandat du DGE est clair. La carte électorale doit respecter trois critères précis. Elle doit assurer l’égalité du vote des électeurs. Cela signifie que le poids de chaque vote doit être équivalent. Elle doit tenir compte de la représentation effective des électeurs, c’est–dire l’accès aux élus. Et finalement, elle doit respecter la géographie, la démographie et les liens socio-économiques qui unissent les électeurs. La proposition de Marcel Blanchet respecte ces principes.
Le débat est mal entamé. Il ne s’agit pas d’opposer Montréal aux régions ou de favoriser tel ou tel parti politique, il s’agit d’assurer l’équité démocratique. Il faut aussi dire que la proposition n’est pas finale. Avant d’être officielle, elle doit subir le test d’une consultation, qui n’a pas eu lieu. Il est donc encore possible d’y apporter des modifications selon les commentaires qui seront émis.
Avant de s’énerver, le ministre Pelletier et ses acolytes devraient relire la loi et tenter d’en respecter les étapes. Ils pourraient aussi se rappeler qu’il y a deux leviers à la base du système électoral. Il y a la carte électorale, dont la responsabilité incombe au DGE, et le mode de scrutin, qui, si on s’en souvient, relève du ministre Pelletier lui-même. Il a donc beaucoup de pain sur la planche avec la réforme du mode de scrutin pour assurer l’équité du système électoral. C’est sa responsabilité. Pour le reste, qu’il laisse le directeur général des élections faire son travail.