La goutte de trop

On pensait avoir tout vu, chaque jour apportant son nouveau
scandale. Sous la pression, Jean Charest a finalement cédé : il y aura une
commission d’enquête. Le premier ministre, qui se retrouve au centre de la
tourmente, a lui-même délimité le mandat et choisi le commissaire afin
de s’assurer de limiter les dommages.

Franchement insuffisant! À un moment où de grandes réformes
sont nécessaires pour permettre au Québec de faire face à différents défis, on
a l’impression qu’on donne une aspirine à un malade en phase terminale. La
confiance des citoyens est à son plus bas. Il faudra plus qu’une commission
d’enquête sur la nomination des juges pour la restaurer.

Tout a commencé quand Marc Bellemare a finalement décidé de
déballer son sac. Son spectre planait depuis déjà quelques semaines. L’ancien
ministre de la Justice a révélé que les financiers du Parti libéral du Québec (PLQ) usaient de leur
influence non seulement pour la nomination de juges, mais aussi pour l’adoption
de réformes. De plus, Jean Charest savait, selon l’ancien élu libéral.

Au cabinet du premier ministre, la cellule de crise s’est
mise en place. On a d’abord envoyé Nathalie Normandeau tout nier en bloc. Ce
fut en vain. Les allégations de Marc Bellemare ont fait ricochet puisque des
organisateurs politiques ont ensuite bel et bien affirmé avoir usé de leurs
entrées pour recommander des gens dans l’appareil administratif et judiciaire.

On annonce maintenant la nomination de l’ancien juge Bastarache pour enquêter sur les déclarations de Me Bellemare. Juge de la Cour suprême à la retraite, il présente une feuille de route impressionnante. Ce n’est pas
sa compétence qui fait problème. C’est le processus qui a mené à sa nomination
et à la définition de son mandat qui demeure inacceptable!

La colère qu’expriment plusieurs citoyens est justifiée, car
sa patinoire est trop restreinte pour vraiment faire la lumière sur le système
d’influence qui aurait cours avec les financiers du PLQ. Si Jean Charest avait
vraiment voulu mettre le couvercle sur la marmite, il aurait d’abord dû
mandater un joueur neutre pour déterminer le mandat de la future commission.
C’est ce qu’a fait Stephen Harper quand le temps a été venu de se pencher sur
l’affaire Mulroney-Shreiber. Il aurait aussi dû permettre à la commission
d’étudier les cas de collusion dont on parle depuis plusieurs mois.

Les scandales dans la construction, l’attribution des permis
de garderies et maintenant la nomination des juges, voilà que le gouvernement
libéral s’enlise à un moment où la cohésion est plus nécessaire que jamais. La
confiance des citoyens est un élément essentiel au fonctionnement de notre
société, et les gestes posés par Jean Charest sont bien loin de la restaurer.

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