L'audace de penser autrement
C’était à prévoir : le Bureau d’audience publique en environ-nement (BAPE) renvoie le ministère des Transports à ses devoirs. Le projet de l’échangeur Turcot doit être revu. Une infrastructure d’il y a 40 ans ne pourra répondre aux besoins de la population dans 10, 20 et 30 ans. Pour un projet de cette envergure, une vision d’avenir est essentielle. Le copier-coller ne peut fonctionner.
C’est pourtant ce que le ministère avait en tête ou presque. Rénover en quelque sorte plutôt que repenser. Que ce soit sur le plan de la planification du transport ou de l’intégration au paysage urbain, les créateurs de ce projet majeur doivent avoir l’audace de nous projeter en avant tout en restant pragmatiques.
Le monde a changé et ce n’est pas fini, comme le dit la chanson. Les comportements en matière de déplacement sont à un tournant. L’auto solo est de moins en moins une option pour qui a une vision de développement durable et pour qui souhaitent améliorer sa qualité de vie.
Des projets qui faisaient l’envie il y a peu de temps sont aujourd’hui dépassés. On n’a qu’à penser au projet Big Dig à Boston. Cette autoroute autrefois surélevée à deux étages est aujourd’hui enfouie. Quinze milliards plus tard, ce projet a certes mis en valeur un quartier, mais n’a pas résolu le problème de la circulation routière. Si c’était à refaire… les instigateurs n’hésiteraient pas à investir massivement dans les transports en commun.
Le projet, qui avait été développé en vase clos, devra s’intégrer dans un plan global. Montréal réclame, à juste titre que le complexe Turcot s’inscrive dans un réseau régional de voies réservées au transport collectif.
Le BAPE renvoie le ministère des Transports à la planche à dessin. La planification du projet devra se faire en concertation avec les intervenants du milieu et la Ville. Elle devra aussi respecter une véritable intégration au paysage urbain.
Le BAPE se fait beaucoup plus timide sur le plan de la planification du transport urbain, alors qu’il aurait justement dû insister sur ce point. Avec plus de 300 000 véhicules qui transitent chaque jour sur l’échangeur Turcot, il faut avoir l’audace de penser autrement.