La peur imaginaire
Dans un récent article de Jeune Afrique intitulé Islam, fantasmes et statistiques, Alain Faujas analyse la perception des Occidentaux vis-à-vis des musulmans.
Le journaliste de l’hebdomadaire parisien qui fait la couverture de l’actualité africaine et internationale s’est basé sur un sondage Ipsos Mori réalisé du 12 au 26 août 2014 auprès de 11527 personnes dans 14 pays (Allemagne, Australie, Belgique, Canada, Corée du Sud, Espagne, États-Unis, France, Hongrie, Italie, Japon, Pologne, Royaume-Uni, Suède.)
Alain Faujas constate, avec raison, que dans ces 14 pays, les musulmans sont sensiblement moins nombreux que ne l’imaginent leurs compatriotes et que la menace djihadiste n’est évidemment pas étrangère à cette singulière erreur d’appréciation.
Lisez cet article et vous allez comprendre comment l’opinion publique surestime fortement la proportion de musulmans dans chacun de ces pays.
Vous allez aussi découvrir où la surestimation est la plus spectaculaire (Hongrie, Pologne) et vous allez vous rendre compte qu’elle est moins grande dans des pays (Allemagne, Belgique, France) où l’islamophobie est plus répandue. Des pays qui recèlent pourtant les plus grandes communautés musulmanes d’Europe.
Autre fait surprenant rapporté par Alain Faujas, c’est que les sondés ne se trompent pas seulement à propos des musulmans, mais aussi au sujet des adolescentes enceintes, des chrétiens, des immigrés, des personnes âgées, de la participation aux élections, du taux de chômage, de l’espérance de vie et de l’évolution de la criminalité.
Le journaliste de Jeune Afrique donne deux raisons principales pour expliquer ces dérapages qui mènent à la phobie et qui ouvrent le bal à des estimations excessives, la connaissance des statistiques officielles et la peur.
Malheureusement, comme je l’ai écrit dans À la fabrique de l’islamophobie, ici comme ailleurs, dans une course effrénée au vote populiste, certains politiciens attisent les peurs. Dans la foulée, les manchettes exaltées de certains médias à la quête de parts de marché affolent le public!
Par ailleurs, en se basant sur d’autres sondages, comme celui du Pew Research Center, l’article de Jeune Afrique se conclut sur une note d’optimisme, car les Européens ne sont pas aussi hostiles aux musulmans qu’on pourrait le penser et font la distinction entre une guerre à mener contre le terrorisme djihadiste, mais pas contre l’islam.