Adil Charkaoui se paie Anne-Marie Dussault
Le récent face à face d’Anne-Marie Dussault avec Adil Charkaoui a déçu. D’une entrevue très attendue, ce duel a rapidement viré au pugilat, avant de sombrer dans une empoignade musclée digne d’un combat de catch glauque.
Cet échec, ce n’est pas l’invité qui en porte le blâme, mais plutôt le dérapage de l’animatrice chevronnée du 24/60, à Radio-Canada.
Oui, Adil Charkaoui aurait dû répondre clairement à l’intrigante découverte sur le portail de son Centre communautaire d’un hyperlien qui mène à une littérature djihadiste faisant l’apologie de la haine, de la violence et du meurtre.
Son rétropédalage là-dessus n’a pas aidé Adil Charkaoui. Sa réaction ambiguë a plutôt jeté une ombre sur son propos, comme d’ailleurs son obstination à mettre tout sur le dos de l’islamophobie et son corollaire, la théorie du complot ourdi contre les musulmans de la planète.
En effet, un homme qui cite Noam Chomsky et qui revendique son militantisme pur et dur contre les injustices ici-bas devrait être sensible à la montée grandissante du sentiment d’insécurité chez la majorité des Québécois à cause du terrorisme. Dans les circonstances, la posture d’Adil Charkaoui ne fait qu’attiser les peurs plus qu’autre chose.
Cela dit, pour le reste de cette interview, Adil Charkaoui a tenu son bout en exposant clairement sa pensée. Même en « colère », il a réussi, avec une facilité déconcertante, à faire sortir madame Dussault de ses gonds et de sa maîtrise habituelle.
Rapidement, l’animatrice du 24/60 a laissé tomber sa neutralité. Le ton de ses questions était celui d’une maîtresse de classe d’une autre époque qui gronde et réprimande l’indigène de service. C’était pathétique à suivre en heure de grande écoute, surtout sur les ondes du service public d’une démocratie libérale comme la nôtre.
L’entêtement de la présentatrice du 24/60 à soutirer d’Adil Charkaoui une condamnation des boucheries du groupe sanguinaire État islamique était vain et lassant. Toute proportion gardée, lors du printemps érable, personne n’a réussi à arracher des leaders étudiants, les Martine Desjardins, Léo Bureau-Blouin et Gabriel Nadeau-Dubois, une condamnation des casseurs. C’est le propre des militants, surtout les plus radicaux, de ne jamais se détourner de leur propre cause.
Et pourtant, Adil Charkaoui a fini par le faire. Il a bel et bien affirmé être contre toute forme de violence et lutter contre le sexisme, le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. Mais dans le brouhaha embuant, sa condamnation est passée inaperçue.
Ses proches, amis et collaborateurs ont sûrement congratulé Anne-Marie Dussault, mais pour n’importe quel professeur de journalisme, la vedette du diffuseur public a subi un revers professionnel face à Adil Charkaoui!