Égypte ou la lente désillusion d’un printemps prometteur
Malgré les dénonciations de fraudes déposées auprès de la commission électorale, le second tour des présidentielles égyptiennes se jouera entre le candidat des Frères musulmans et le dernier premier ministre de Hosni Moubarak. Deux figures qui n’incarnent nullement les idéaux de changement et de liberté charriés dans la foulée du printemps de la place de la liberté.
Si les programmes des deux candidats finalistes vont dans des directions opposées, les inquiétudes pour la liberté d’expression et autres libertés individuelles seront les mêmes quelque soit le vainqueur. Mohamed Morsi est un islamiste conservateur qui, en plus de celui des Frères musulmans, bénéficie du soutien du plus important parti fondamentaliste salafiste, Al Nour. Alors qu’Ahmad Chafiq, considéré comme le candidat des anciens militaires, qui dirige le pays depuis la chute de Moubarak, continue de faire campagne sur le thème du retour à la stabilité après une année de tumultes et de violences.
Le taux de participation plutôt anémique, 46% sur les 51 millions d’électeurs, à des élections pourtant historiques privera toutefois le prochain dirigeant d’une légitimité essentielle dans cette Égypte qui pourrait se réveiller à n’importe quel moment. Les violences enregistrées, après l’annonce des résultats définitifs du premier tour lundi, sont révélatrices d’une ambiance qui pourrait devenir de plus en plus imprévisible dans les prochains jours.
Rien ne laisse présager une amélioration du taux de participation au deuxième tour, avec l’élimination du candidat nationaliste Hamdeen Sabbahi qui avait raflé un peu plus de 20% des suffrages exprimés. Il est arrivé troisième derrière Mohamed Morsi qui a totalisé seulement 24,7% et Ahmad Chafiq 23,6%.
L’Agence France Presse a publié, le jour des élections, la photo d’un Égyptien debout sur la place Tahrir avec une pancarte où il est écrit: «La place de la liberté pour les honnêtes, pas de place pour ceux qui ont abandonné la cause ou ceux qui ont vendu les âmes des martyrs et acheté les voix des vivants». Cet homme seul sur une place Tahrir déserte traduit les désenchantements qui ponctuent le quotidien de ceux qui espéraient que le printemps serait plus long.