La voie de l'utilisateur-payeur?
Au cours des dernières semaines, plusieurs personnes ont mis de l’avant l’idée que les Québécois devraient payer une portion fixe des services publics. Ainsi, en fixant autour du quart la contribution de l’utilisateur et des trois quarts la contribution de la société, d’anciens dirigeants de pensée économique commune souhaitent des hausses importantes de tarifs.
Ils en parlent pour les frais de scolarité et les tarifs des Centres de la petite enfance particulièrement. Les personnes qui font ces propositions assurent que les institutions remettront une partie de cet argent pour soutenir les moins favorisés et assurer l’accès universel audit service. Leur conclusion est simple : plus d’argent dans le système avec le même niveau d’accessibilité.
Si ce raisonnement est bon pour l’éducation, il doit s’appliquer à l’autre service public de grande envergure : la santé. Imaginons alors une conséquence de la recette proposée.
Par exemple, vous subissez un accident sur une route glissante, sans que ce soit la faute de qui que ce soit. Vous devrez alors payer disons 25 % de vos soins hospitaliers pour la durée de votre séjour. Vous venez d’un milieu moins favorisé? Pas de problème, on vous donnera une bourse permettant de couvrir une partie des frais médicaux, sinon la totalité.
Vos dépenses «normales» de logement, celles pour vos proches, s’accumuleront. Un service de «prêts et bourses» hospitalier sera mis sur pied. La dette accumulée pourra alors être remboursée sur une longue période, selon votre revenu. Au pire, vos enfants régleront votre dette.
Est-ce le genre de société que nous voulons? Que nous souhaitons? La multiplication des dettes individuelles pour diminuer notre dette collective? Si ce principe d’utilisateur-payeur n’est pas bon pour la santé, pourquoi le serait-il pour l’éducation? Si c’est bon pour les universités, ça doit être bon pour les hôpitaux!
Mais que faire alors? Je propose d’annuler une partie des quelque 7 G$ de baisse d’impôt de la dernière décennie et les points de TVQ laissés vacants par la réduction de la TPS. Les médecins paieront alors plus pour leur formation via leurs impôts, tout comme la majorité des universitaires, car ils font généralement un meilleur salaire. Les enfants de milieux moins favorisés auront toujours accès à notre service public de santé et d’éducation sans devoir s’endetter pour le restant de leur vie.
De plus, nous assurerons l’équité intergénérationnelle : les jeunes travailleurs, les travailleurs près de la retraite et les retraités contribueront par la hausse d’impôt et de taxes à la consommation. Pas besoin de mettre le Québec sens dessus dessous, juste quelques actions claires et précises.
– Alexis Gagné-LeBrun, Enseignant en physique au cégep de Saint-Hyacinthe