Le pasteur, le Coran et le 11 septembre
Il est sorti de son obscurantisme pour se retrouver sous les feux de la rampe. Prêcheur de la peur, donc de la haine, le pasteur Terry Jones est aujourd’hui mondialement connu pour s’être engagé à brûler 200 exemplaires du Coran. «Quinze minuÂtes de gloire» et puis c’est tout? Pas tout à fait…
Qui se souvient de Kurt Westergaard? En 2005, pour son journal conservateur, il avait dessiné Mahomet portant un turban en forme de bombe à la mèche allumée. Le caricaturiste danois avait alors mis le feu au monde arabo-musulman, comme a failli le faire le pasteur Jones avec son autodafé programmé pour samedi, jour anniversaire des attentats du 11 septembre. Si leurs noms s’effacent vite de l’écran radar médiatique, leurs actes laissent des traces indélébiles dans les difficiles relations entre l’Occident et l’islam.
Bien sûr, aux États-Unis comme dans n’importe quel pays occidental, brûler un symbole religieux n’est pas en soi un crime. La liberté d’expression est sacrée. Heureusement. Mais cette même liberté, qui doit toujours s’arrêter là où commence celle des autres, n’existe pas vraiment ailleurs. Un musulman observant la tradition doit procéder à un rituel de purification avant de toucher le Coran, transcription même de la parole de Dieu. Alors quand un «infidèle» jure d’y mettre le feu, comment doit-il interpréter son geste?
Faudra-t-il que le livre sacré de l’islam soit publié sur du papier ignifuge en Occident? Bien sûr que non. Les Terry Jones ne pullulent pas. L’embrasement a surtout été médiatique. Il aura suffi qu’un hurluberlu du fin fond de la Floride promette un coup d’éclat contre l’islam pour qu’aussitôt, il se retrouve dans la ruche médiatique et sur la scène mondiale. Seule une minorité d’Américains croit, à l’instar du pasteur Jones, que l’islam encourage le terrorisme.
Mais, comme souvent, c’est sa voix que l’on entend sur tous les toits. Et que fait-elle dans le cadre de la campagne pour les législatives du 2 novembre qui s’annoncent dévastatrices pour les démocrates? Avec l’aide de bon nombre de républicains, elle jette de l’huile sur le feu en s’en prenant aux musulmans, devenus les boucs émissaires d’une société plongée dans l’incertitude depuis les attentats du 11 septembre, célébrés samedi dans une atmosphère de guerre de religion.