Norvège: l'innocence perdue
Il n’y a plus de royaume paisible dans le monÂÂde. La Norvège, l’une des sociétés les plus ouvertes de la planète, a pour toujours «perdu son innocence», rappelait vendredi à la BBC l’écrivain et journaliste norvégien Jorn Madslien, quelques minutes après les attentats qui ont fait 93 morts.
Qu’aucun pays ne soit à l’abri du terrorisme est une évidence, mais que la double attaque sanglante soit signée par un fondamentaliste chrétien d’extrême droite a surpris. Comme à Madrid en 2004 et à Londres un an plus tard, la piste islamiste était privilégiée. Après tout, la Norvège, membre de l’OTAN, est impliquée militairement en Afghanistan et en Libye.
Dès les premières minuÂtes, les médias ont évoqué un 11 septembre pour la Norvège. Polariser, généraliser et faire des amalgames semble être une tendance naturelle, surtout quand la plupart des attentats à travers le monde se font à l’ombre d’Al-Qaïda. Mais voilà, s’il y a un parallèle à faire avec l’entrée brutale du petit royaume de cinq millions d’âmes dans la dure réalité du terrorisme, il est ailleurs…
Oklahoma City avait également été la cible d’un grand blond d’extrême droite. Timothy McVeigh, en avril 1995, avait secoué l’Amérique. Au lendemain de l’attentat qui avait fait 168 morts, celle-ci s’interrogeait sur ses marginaux armés jusqu’aux dents.
C’est aujourd’hui au tour de la Norvège, démocratie ouverte et participative, pays de la paix avec ses prix Nobel. Si Anders Behring Breivik a vraiment agi seul, sans l’aide des mouvances extrémistes de droite européennes, la Norvège finira par panser ses plaies.
Après tout, ses groupuscules fascisants et islamophobes sont moins nombreux que dans la Suède voisine, par exemple. Il y a bien le Parti du progrès qui glorifie la «famille norvégienne» et prône une «société sans mélange», en stigmatisant les 100 000 étrangers non européens, mais la deuxièÂme formation politique du pays joue à fond la carte électorale, comme le Front national en France.
Si Breivik, expulsé du Parti du progrès (la plus importante formation d’extrême droite en Europe), a été aidé par des groupes néo-nazis, alors la Norvège et le Vieux Continent ne sont pas sortis du bois.
Le terrorisme «brun» va-t-il remplacer le terrorisme islamiste? Il est encore trop tôt pour conjecturer, mais chose certaine la montée des nationalismes populistes et xénophobes hostiles à toutes sociétés multiculturelles est palpable outre-Atlantique.
Pour l’heure, à l’instar de leurs sujets, le roi Harald V et la reine Sonja ne se baladeront plus tranquillement dans les rues d’Oslo.