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Kadhafi est tombé, mais…

Et maintenant? Une semaine après la fin du régime de Mouammar Kadhafi, au pouvoir pendant 41 ans et 357 jours, les questions fusent et resteront quelque temps en suspens. La plus grande crainte est de voir un nouvel Irak en Afrique du Nord. La jubilation fait souvent place au scepticisme.

Kadhafi, c’est fini, mais la Libye est devenue un immen­se souk d’armes à ciel ouvert. Si le désarmement se fait rapidement, le Conseil national de transition (CNT) aura alors raison de dire : «Tripoli ne sera pas Bagdad!»

L’organe politique de la rébellion libyenne devra aussi tout faire pour maintenir l’unité des insurgés, dont celle des Amazighs – les Berbères – qui ont contribué à faire tomber le «guide suprême». Il faudra aussi cimenter l’appui des tribus. Ici, la Libye a un avantage sur l’Irak : c’est un pays plus homogène sur les plans ethnique et religieux.

Mais les grands changements suscitent toujours de grandes attentes. Il faudra aller vite, éviter les dérapages de toutes sortes, l’anarchie ou, pire encore, la guerre civile. Faudra-t-il alors envoyer des troupes? Sans État, sans institutions, sans véritables infrastructures, la Libye est beaucoup plus hypothéquée que ses voisins tunisien et égyptien pour devenir une démocratie.

Les pays occidentaux, dont le Canada, ayant aidé militairement les rebelles devront rapidement signer des chèques pour la reconstruction, qui sera sans doute aussi longue et difficile qu’en Irak. À cet effet, une conférence internationale afin «d’aider la Libye libre de demain» s’ouvre à Paris jeudi.

Les actifs libyens dans le monde (110 G$, dont 2,3 G$ au Canada) seront sûrement dégelés. L’aide financière ne sera évidemment pas gratuite. Quatrième producteur de pétrole en Afrique, la Libye devra se montrer généreuse à l’égard des multinationales occidentales, qui aimeraient bien exploiter les immenses gisements d’or noir de l’ancienne colonie italienne. Il y en aurait pour 40 milliards de barils.

Mais avant tout, il faudra lever le voile sur le CNT. Ses 31 membres, dont plusieurs sont des noms sans visage, entretiennent-ils des liens avec des réseaux islamistes qui ont longtemps incarné l’opposition? La question se pose aussi pour la Tunisie et l’Égypte.

Les trois pays sont devenus des boîtes de Pandore. Tout peut en sortir. Mais, pour les Égyptiens, les Tunisiens et maintenant les Li­byens, mieux vaut le désor­dre accompagné d’une liberté naissante que l’ordre dictatorial. On les comprend.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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