Les jeunes patrons rendent les vieux moins productifs
Par souci de productivité, plusieurs entreprises basent désormais leur système de promotion sur le mérite plutôt que sur l’ancienneté.
Nommer de jeunes cadres compétents n’est toutefois pas sans conséquence, nous apprend une nouvelle étude.
Bien sûr, l’ancienneté comporte une part irremplaçable d’expérience, qui fait que les travailleurs plus âgés demeurent essentiels dans la plupart des organisations. Et cela, au plus haut échelon de la direction.
Toutefois, une tendance s’observe depuis quelques décennies déjà : les organisations réservent leurs postes de direction à des professionnels ayant des compétences bien précises, techniques ou de gestion.
Les raisons en sont multiples, souligne une nouvelle étude allemande publiée dans le Journal of Organizational Behavior : d’abord, le rythme rapide de l’innovation technologique a convaincu les entreprises de promouvoir de jeunes esprits créatifs à des postes de direction. Ensuite, la pénurie de main-d’œuvre qui découle des changements démographiques pousse les entreprises à retenir les travailleurs aînés plus longtemps en poste. Enfin, de plus en plus de professionnels ont une carrière sur le déclin passé 50 ans.
En conséquence, selon une étude CareerBuilder.com, 65 % des employés de 55 ans et plus avaient un supérieur plus jeune qu’eux.
Une note discordante
Si ce système de promotion est motivant pour un jeune employé ambitieux, qui voit ses efforts récompensés, intégrer cette génération de jeunes patrons ne se fait pas sans heurts, dit l’étude. Les chercheurs Kunze et Mendes ont sondé 8 000 travailleurs de 61 entreprises allemandes pour découvrir que les employés expérimentés dirigés par de plus jeunes éprouvaient 12 % plus d’émotions négatives au travail.
La raison? «Supervisés par des personnes plus jeunes, les employés plus âgés sont forcés de reconnaître leur manque de progrès, peut-on lire dans le rapport. En travaillant quotidiennement pour un superviseur plus jeune, les subalternes plus âgés se font constamment rappeler qu’ils n’ont pas réussi à se mettre à jour.»
Toujours selon l’étude, les entreprises touchées par la friction entre les jeunes cadres et les vieux subalternes seraient moins efficaces, tant sur le plan financier que sur le plan organisationnel.
Femmes et jeunes, même combat
La réaction négative que suscite un jeune patron n’est pas seulement attribuable au bilan peu reluisant que le travailleur aîné fait de sa propre carrière. Il y a, plus largement, un effet de dissonance par rapport aux attentes qu’on a envers la personne qui devrait «normalement» occuper un poste de direction.
En psychologie, on parle de «non-congruence de statut». Règle générale, les travailleurs ne s’attendent pas à devoir rendre des comptes à un patron plus jeune qu’eux, et c’est ce qui les trouble.
On a constaté le même phénomène lorsque les femmes sont entrées sur le marché du travail et qu’elles ont peu à peu occupé des postes de direction. Or, ainsi évolue la force de travail aujourd’hui, puisque la société et les temps changent. Heureusement, l’histoire nous a appris que l’adaptation n’est pas impossible.