Véronique Cloutier: Le regard des autres
Les artistes aiment bien dire qu’ils se fichent de ce que les autres pensent. Pas Véronique Cloutier. La preuve? Après l’échec de son talk-show hebdomadaire à Radio-Canada en 2006, l’étoile du petit écran a commandé un sondage pour comprendre ce qui s’était réellement passé.
Si les résultats de l’étude menée auprès de la population n’ont fait que confirmer l’évidence (le problème, c’était l’heure de diffusion et non pas l’animatrice), l’expérience a néanmoins inspiré le concept du Verdict, une nouvelle émission qu’elle animera à l’antenne de Radio-Canada dès lundi.
«On veut quand même qu’un minimum de gens s’intéressent à ce qu’on fait. Sinon, c’est quoi le but? demande l’animatrice en entrevue. Je fais ce métier-là parce que j’espère rejoindre le plus de monde possible. Cela dit, mon bonheur, je ne le trouve pas dans les cotes d’écoute élevées. Si on s’attend toujours à faire le mégahit, on risque d’être déçu. Des phénomènes télévisuels, il y en a une fois de temps en temps. Pas tout le temps. La vie m’a appris que ma valorisation, je dois la trouver ailleurs.»
D’après une idée originale de l’auteur Louis Morissette et du réalisateur Alain Chicoine, Le verdict – c’est votre opinion confrontera des personnalités à l’idée que s’en fait le public. Jusqu’au 7 juin, Véronique recevra une vingtaine d’invités de marque, dont Louis-José Houde, Guy A. Lepage, Pauline Marois et Régis Labeaume. Avec ses convives, Véro promet de faire honneur à sa réputation de «fille gentille» sans toutefois verser dans la mièvrerie. Si les sondages le permettent, elle n’hésitera pas à s’aventurer en terrain glissant.
«Il ne faut pas confondre complaisance et savoir-vivre, note-t-elle. Tu n’es pas obligé de dire à quelqu’un « Tu es vraiment formidable » si tu ne le penses pas. Tu n’es pas obligé de dire « J’ai capoté sur ton disque » si ce n’est pas vrai. Mais ça ne t’empêche de faire preuve de civisme, de reconnaître le travail que la personne a accompli.»
«J’ai toujours voulu mener ma carrière dans le respect, ajoute-t-elle. Les artistes que je reçois, ils ont quelque chose à vendre : des albums, des billets de spectacle, une série télé… Le but, ce n’est pas de les mettre mal à l’aise ou de les humilier. On est dans un petit milieu, on ne peut pas se manger entre nous autres! Parce qu’à un certain point, on ne fera plus rien! Déjà qu’il y a la guerre des réseaux…»
Avec la langue
Si Véronique Cloutier croit dur comme fer à la valeur de l’opinion publique, elle admet toutefois en prendre et en laisser. «Quand je vais sur l’internet et que je vois des trucs comme « Je hais sa robe », « Je déteste ses cheveux », « Ça m’énerve, ses grains de beauté sur sa poitrine »… Ça vaut ce que ça vaut, observe-t-elle. Ça fait 17 ans que je fais de la télé à temps plein. J’ai pas mal lu, vu et entendu tout ce qui se dit à mon sujet.»
Et oubliez le tollé soulevé par le Bye Bye 2008. Parmi toutes les critiques qui lui ont été adressées depuis le début de sa carrière, ce sont celles concernant la qualité de son français qui semblent avoir le plus marqué l’animatrice. Quand on lui reproche une erreur de syntaxe ou l’emploi fautif d’un terme, Véro prend note.
«C’est mon travail de m’exprimer. C’est important que je le fasse bien, déclare-t-elle. Mais je ne suis pas parfaite. Je ne suis pas un Bescherelle sur pattes. Ça m’arrive de faire des erreurs. Par exemple, à Paquet voleur, j’ai appris qu’on ne pouvait pas dire « On débute le jeu ». Une personne ne peut pas « débuter » quelque chose. C’est la chose qui « débute ». Il faut dire « On commence le jeu » ou « Le jeu débute à l’instant ».»
Cette fixation sur la langue, précise-t-elle, ne vient pas de ses débuts à MusiquePlus, une station à laquelle on a souvent reproché d’engager des gens qui peinent à aligner un sujet, un verbe et un complément dans le bon ordre.«Je ne me souviens pas qu’on m’ait déjà dit ça, remarque l’ancienne VJ. À cette époque-là, on me reprochait de parler trop vite et de toujours me passer la main dans les cheveux. J’avais aussi des gros sourcils, mais ça, c’est une autre histoire!»
Une autre vie
L’allure générale de son arcade sourcilière n’est pas la seule chose que Véronique a changé depuis son passage à MusiquePlus. À 35 ans, mère de trois enfants, l’animatrice ne vit plus au même rythme qu’au milieu de la décennie 1990. «Quand j’étais à MusiquePlus, je sortais, je me couchais tard, je rentrais au travail brûlée raide de ma fin de semaine. Je mangeais du McDo deux fois par jour, ça n’avait aucun impact. Je ne surveillais même pas mon poids! raconte-t-elle. Aujourd’hui, ça n’a rien à voir. Je ne suis pas une fille qui a un lifestyle épuisant: je ne bois pas, je ne fume pas, je ne sors presque plus. Mon temps, je le passe au boulot ou avec ma famille.»
Et du temps, Véronique en aura beaucoup plus une fois qu’elle aura complété l’enregistrement des 10 émissions du Verdict. Après avoir vendu ses parts dans Novem et quitté la barre de Paquet voleur, la bourreau de travail connaîtra une rentrée automnale beaucoup plus calme. Pour l’instant, «seuls» son émission de radio à Rythme FM et le gala des Gémeaux figurent sur son plateau. «J’aime la vie la pédale dans le fond, très, très, très occupée comme en ce moment, mais j’aime aussi les périodes d’accalmie, dit-elle. Je ne vis pas d’insécurité. Mon horaire finit toujours par se remplir.»
Le verdict
À Radio-Canada
À compter de lundi à 20 h