Des habitations vertigineuses
Le Cirque du Soleil fait encore une fois beaucoup parler de lui ces jours-ci avec l’arrivée de son spectacle sous chapiteau Totem à Montréal. Métro vous propose une visite de la Maison des artistes du Cirque du Soleil, située à dans la Métropole.
Spectaculaire, audacieuse et reconnue internationalement, la Maison des artistes du Cirque du Soleil, qui héberge à Montréal des artistes du monde entier pour les former et les intégrer à la célèbre troupe, est à l’image de l’institution québécoise.
«Quand on travaille avec le Cirque du Soleil, on a un degré de liberté intéressant et plus grand qu’à l’habitude, avoue d’entrée de jeu le réputé architecte Éric Gauthier, de la firme FABG, qui a signé la Maison des artistes construite en 2003 et qui a aussi dessiné les bureaux du Cirque du Soleil en 2007. Ils ont moins d’a priori et sont prêts à oser.»
La Maison des artistes, c’est grosso modo 115 studios ayant chacun leur cuisinette et leur salle de bain privée, des balcons communs à chacun des quatre étages de la construction, une cuisine et un séjour commun, une salle de conditionnement physique, une salle pour les fêtes et un café internet (indispensable pour ces jeunes artistes qui arrivent souvent de loin et qui doivent composer avec le choc culturel).
Rien de bien spectaculaire de prime abord. Mais c’est par son architecture audacieuse, inspirée d’Habitat 67, que la Maison des artistes du Cirque du Soleil se démarque. Elle a même été décorée à plusieurs reprises.
«Il y a beaucoup de sérieux dans l’architecture d’habitation, déplore Éric Gauthier, qui compte plus de 20 ans de carrière et qui a entre autres réalisé le théâtre de Quat’Sous, l’Espace Go et le Centre des Sciences. Les résidences du Cirque apportent pour leur part une certaine fraîcheur; on a envie de sourire quand on regarde le bâtiment.»
Avec sa volumétrie hors de l’ordinaire, la construction n’est en effet pas très conventionnelle. «Nous avons construit les habitations en empilant des conteneurs (aussi utilisés par le cirque dans ses tournées), à l’image des pyramides humaines, explique l’architecte. Quand on regarde le bâtiment, on sent l’individualité des unités, mais celles-ci sont insérées dans un tout… comme l’artiste au sein de la troupe.»
À l’intérieur, un grand atrium vitré et ouvert jusqu’au plafond occupe le centre. «L’atrium donne un petit effet de vertige, comme le cirque, s’amuse à dire Éric Gauthier. De plus, les artistes se voient tous les uns les autres dès qu’ils sortent de leur chambre, ce qui leur rappelle que malgré leur individualité, ils font partie de la collectivité, de la troupe.»
Le design intérieur est plutôt épuré. «Nous ne voulions pas un style « cocon chaleureux », mais plutôt un style loft ou condo urbain», explique M. Gauthier. Les détails ne sont donc pas très nombreux, et les dalles de béton sont apparentes.
De l’audace, s’il vous plaît!
design. «On pourrait être beaucoup plus audacieux en architecture d’habitation à Montréal», affirme l’architecte Éric Gauthier. Selon lui, la réserve des Montréalais à ce sujet s’explique par un blocage culturel. «Nous avons des idées préconçues de ce à quoi doit ressembler un édifice à logement. Nous répétons des modèles», affirme-t-il.
«Je ne dis pas que toutes les constructions devraient faire la part belle à la créativité et à l’audace, mais en avoir un peu plus dans la ville amènerait un peu de fraîcheur. Pourquoi ne pas s’amuser un peu, par exemple, en construisant des logements étudiants?»
Et selon M. Gauthier, un bâtiment plus «osé» n’est pas nécessairement plus coûteux : il suffit d’économiser sur certains matériaux et concepts de la construction pour pouvoir laisser aller sa créativité avec d’autres.