Exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent: Un jeu dangereux
Lundi dernier, la ministre des Ressources naturelles et vice-première ministre, Nathalie Normandeau, a annoncé la tenue d’évaluations environnementales stratégiques (EES) visant à encadrer d’éventuelles exploitations pétrolières et gazières dans le golfe du Saint-Laurent.
Cette proposition laisse à penser qu’on veut mettre fin au moratoire décrété après le dépôt du rapport du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) publié en 2004. Le BAPE avait noté qu’il existait plusieurs inquiétudes «sociales et scientifiques» quant aux effets à long terme de l’exploration pétrolière et gazière.
Côté scientifique d’abord
Pour évaluer les réserves souterraines en combustibles fossiles, on provoque de véritables secousses sismiques sous-marines à l’aide de canons à air comprimé.
On dit ignorer l’impact de cette méthode plutôt brutale sur les populations fragiles de mammifères marins et sur les stocks de poissons et d’invertébrés exploités par les pêcheurs. Cependant, on sait que les mammifères marins (baleines, bélugas) sont extrêmement sensibles aux bruits générés par les humains, à plus forte raison aux déflagrations! Ces colosses communiquent entre eux grâce à des ondes sonores voyageant dans l’eau.
Côté social maintenant
La ministre s’est dite très consciente qu’une partie de la population est inquiète des projets à venir. Des consultations seront donc menées l’an prochain auprès des communautés de la Côte-Nord, de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent afin de connaître les préoccupations des citoyens à cet égard.
On le voit, la ministre est très prudente. Elle n’annonce pas le début de l’exploration pétrolière dans le golfe. Elle dit plutôt vouloir se «donner une espèce de guide, de recette à suivre pour minimiser les risques sur le plan environnemental et pour tenir compte des préoccupations exprimées par les citoyens».
Malgré son doigté remarquable, la ministre ne m’a pas convaincu.
Au contraire, je suis tout à fait de l’avis de Véronik de la Chenelière, biologiste au sein du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, qui a déclaré que «dans le Saint-Laurent, probablement que c’est un milieu trop unique et trop fragile pour pouvoir être soumis à ce type d’activité-là».