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Un insecte qui coûte des millions

Il est petit, silencieux et mortel : l’agrile du frêne, insecte ravageur venu d’Asie du Sud-Est, a déjà fait des centaines de victimes à Montréal, dont à Saint-Léonard. La course contre la montre pour sauver 200 000 arbres est amorcée.

Saint-Léonard compte près de 1100 frênes sur le domaine public. Après une inspection faite l’an dernier, l’administration a dénombré deux arbres contaminés. Ceux-ci ont depuis été abattus. De plus, par mesure de précaution, les autorités en ont coupé un troisième, situé dans un rayon de 300 mètres des arbres infestés.

L’arrondissement n’a pas découvert de nouveaux arbres infectés par l’agrile du frêne depuis le printemps 2014. Mais compte tenu de l’ampleur de l’épidémie dans la grande région métropolitaine, l’insecte pourrait faire de nouvelles apparitions. Les autorités sont donc aux aguets; quatre pièges ont été installés afin de détecter la présence du parasite. Ils seront retirés à la fin de la période estivale.

D’ici l’automne, près d’une centaine d’arbres auront été traités préventivement au TreeAzin, un biopesticide. Les traitements s’effectueront principalement dans des zones connexes aux foyers d’infestation découverts dans les arrondissements voisins.

Un gouffre financier

Depuis trois ans, Montréal tente de limiter les dégâts, mais le budget consacré pour sauver les frênes commence à peser lourd.

Les investissements pour l’année 2014 se chiffrent à 3 400 000 $. Mais ce montant pourrait grimper en flèche.

Montréal compte 200 000 frênes sur son domaine public, soit dans ses rues, ses parcs et ses boisés urbains.

À ce jour, on a confirmé que 150 d’entre eux ont été infectés par l’agrile. En tenant compte des abattages préventifs, ce sont 1119 frênes qui ont été, ou qui devront être, rasés.

Le coût de remplacement d’un arbre peut varier en fonction de sa localisation, mais il est généralement estimé à 1 500 $, ce qui inclut l’abattage et la plantation.

Il faut aussi dire que le traitement d’un arbre moyen au TreeAzin est de 200 $; un procédé qui est à renouveler tous les deux ans.

Besoin d’une lutte commune

Il se peut que le portrait brossé par la Ville-centre sous-estime l’ampleur de l’épidémie. Le problème est que la Ville ne peut intervenir que sur son domaine. Or, l’insecte ne fait aucune distinction entre terrains publics et privés.

Certains arrondissements comme Rivière-des-Prairies – Pointe-aux-Trembles ont lancé un programme de recensement des frênes sur le domaine privé. Mais Saint-Léonard n’a pas emboîté le pas. Par courriel, une chargée de communication précise que l’arrondissement n’a tout simplement pas les ressources nécessaires pour le faire.

Les propriétaires possédant des frênes doivent faire leurs propres démarches de dépistage et payer pour les traitements.

« Il est certain que c’est un coût, mais chacun devrait faire un effort de lutte, sinon les terrains privés vont ressembler à des pouponnières à insectes », explique Robert Lavallée, chercheur à Ressources naturelles Canada, ajoutant que la population n’est pas assez conscientisée.

L’arrondissement de Saint-Léonard dit travailler de concert avec la Ville-centre afin de sensibiliser ses résidents. Par exemple, les autorités ont publié un dépliant et des articles à ce sujet.

Les autorités municipales ne prévoient pas des mesures coercitives. Ils peuvent recommander l’abattage d’un arbre situé sur des propriétés privées pour limiter la propagation de l’insecte, mais ne peuvent obliger un Montréalais à abattre un arbre sur sa propriété, à moins que celui-ci ne constitue un danger pour la sécurité de la population.

Déjà trop tard?

Pour certains experts, le sort des frênes est déjà réglé.

« Je pense qu’à Montréal, ils vont tous y passer. On ne sait pas combien de temps va durer cette vague de l’agrile. On sera peut-être capable d’implanter une maladie qui la tuera, mais il y a beaucoup de paramètres incontrôlables. C’est un malheur pour les Montréalais de voir mourir tous ces arbres », déplore M. Lavallée.

En milieu urbain, les frênes servent d’écran contre le vent, atténuent les fluctuations de température et réduisent la pollution.

Pour se renseigner davantage sur les procédures et les fournisseurs accrédités, on consulte bit.ly/1eEvq6P.

En collaboration avec Stéphanie Maunay

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