Une bonne idée mal exécutée
Dans tout le brouhaha qui secoue l’Assemblée nationale, le gouvernement Charest a déposé cette semaine le projet de loi 100, qui met en ouvre des mesures du budget Bachand. Passé inaperçu, ce projet de loi vient nier la capacité des équipes sur le terrain de mettre l’épaule à la roue. Il est l’exemple parfait d’une bonne idée mal exécutée.
Lors du dépôt du budget, le ministre Bachand a annoncé des compressions de 10 % des dépenses de fonctionnement de nature administrative dans la fonction publique. Personne n’est contre l’idée que le gouvernement fasse sa part pour équilibrer le budget, mais les citoyens sont plutôt sceptiques. Ils craignent de passer à la caisse sans que l’État remplisse sa promesse de contribuer à plus de 60 % aux efforts nécessaires pour atteindre l’objectif. Avant de faire des choix difficiles, ils veulent être certains d’en avoir pour leur argent.
Or, les équipes sur le terrain ont besoin de flexibilité, d’autonomie et de confiance pour contribuer à l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Le «mur à mur» est loin d’être la solution. La réduction de 25 % des dépenses de formation, de publicité et de déplacement ne tient pas compte des réalités qui diffèrent d’une organisation à l’autre. Cela risque d’avoir des effets contre-productifs. Pourtant, les exemples de réussite ne manquent pas.
L’innovation n’est pas stimulée dans un contexte de contrôle par le haut. Si tout avait été ficelé en haut, le personnel infirmier de l’Abitibi n’aurait pas trouvé de solution à l’enjeu du temps supplémentaire obligatoire. Cette équipe a trouvé un modèle qui correspondait à sa réalité, et ce, pour la plus grande satisfaction des patients et du personnel.
Il en va de même au CSSS de Baie-des-Chaleurs, où l’on procède au transfert des connaissances des infirmières d’expérience vers les nouvelles arrivées afin de maintenir le savoir de l’organisation et d’optimiser ainsi sa performance. La réduction de 25 % en formation limitera cette initiative porteuse et inspirante non seulement pour les établissements du CSSS, mais aussi pour toute la communauté.
Cette semaine, le ministre Bachand a manqué une occasion de valoriser les travailleurs de l’État et d’instaurer une culture de performance. Il avait la chance de mobiliser les employés et de donner un nouveau souffle à une fonction publique qui en a bien besoin. Si au bilan, l’objectif financier est atteint, l’encadrement à outrance aura eu pour effet d’éteindre les éléments les plus créatifs. La preuve qu’une bonne idée mal exécutée peut avoir des effets néfastes.