Médecins en fuite
Depuis qu’a été signifié l’entente sur la mobilité de la main-d’ouvre, seulement une trentaine de médecins ontariens sont venus pratiquer au Québec, alors qu’environ 125 médecins québécois ont obtenu un permis de pratique du Collège des médecins de l’Ontario. Faut-il en être surpris?
Il fallait s’y attendre. Le gouvernement du Québec a tenu pour acquis que le pouvoir d’attraction agirait comme par magie. Le défi dans une entente comme celle-là est à la fois d’attirer les talents et de les retenir. Or, tant sur le plan salarial que pour les conditions de la pratique médicale, le Québec ne semble pas faire le poids.
Le Québec a signé deux ententes sur la mobilité de la main-d’ouvre : l’une avec l’Ontario en juin 2008 et l’autre avec la France, également l’an dernier. Le volet touchant en particulier les médecins devait répondre à la pénurie de main-d’ouvre qui sévit. Pourtant, une récente évaluation montre que de telles ententes peuvent être une arme à deux tranchants. Si l’on veut avoir une balance positive au bout du compte, il faut être prêt.
Il ne s’agit pas, comme le PQ le propose, d’envoyer l’entente aux oubliettes. Il faut toutefois se demander comment renverser la tendance. C’est le cas pour les médecins de l’Ontario et il en va de même pour ceux de la France. Car si les données sont catastrophiques avec nos voisins, on ne peut espérer que le bilan soit bien meilleur avec les médecins outre-Atlantique.
Le système de santé québécois doit aussi démontrer sa compétitivité non seulement en matière de salaires, mais aussi en ce qui a trait aux défis liés à la profession. Une récente étude a révélé que, si 52 % des médecins souhaitent déménager pour avoir un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail, 40 % recherchent un milieu professionnel stimulant.
À ce niveau, le Québec risque d’être rapidement déclassé. L’organisation du travail semble être l’un des talons d’Achille du système. Au-delà du défi de la langue, qu’il importe de maintenir pour assurer les services en français aux patients, il y a beaucoup à faire. Pourtant, on semble incapable de mettre en ouvre les changements qui s’imposent. Cette fois, au moins, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, ne peut pas dire qu’il est surpris…