Pourquoi fabriquer des médicaments contre le cancer s'ils ne sont pas rentables?
Vous le savez camarades, il y a eu tellement de fusions et d’acquisitions au cours des dernières années dans l’industrie pharmaceutique mondiale qu’on peut parler aujourd’hui de cartel organisé qui dicte les prix, décide des médicaments à produire et à commercialiser, embauche des milliers de lobbyistes et mène les élus comme des marionnettes.
Les Américaines Pfizer et Merck sont plus grosses que le Canada et le Québec, qui représentent un pet pour elles. Sans compter mes sœurs et mes frères qu’elles ont des milliers de filiales dans les paradis fiscaux, paient peu d’impôts et reçoivent beaucoup de subventions gouvernementales. Et devinez qui octroie le plus de fonds publics en subventions en Amérique du Nord aux pharmaceutiques? Eh oui, le Québec. On doit payer notre dîme, sinon prenez garde à vous. On appelle ça du taxage. Vous devez payer vos impôts privés aux pharmaceutiques.
Comme elles forment un tout puissant oligopole, ce sont elles qui déterminent les médicaments à produire. Peu importe l’importance pour la vie du produit, le premier et seul critère est sa rentabilité. Faut surtout pas parler de nationaliser en tout ou en partie les pharmaceutiques, quitte à passer pour un fou. Je vais le faire quand même.
À quoi bon pour elles de fabriquer des médicaments contre le cancer s’ils ne sont pas rentables? Hein! Les actionnaires n’apprécieront pas ça. Ça fait que, comme le rapportait le Journal de Montréal du 13 octobre 2011: «De plus en plus de pénuries de médicaments contre le cancer : Des patients voient leur qualité de vie réduite» et leur espérance de vie. Faut tout de même pas exagérer. Après tout, ce sont juste des médicaments contre le cancer pour le monde ben ordinaire. N’ayez crainte, il n’y aura jamais de rupture de stock pour des médicaments plus importants comme le Cialis et le Viagra. Payant, payant!
En 2008, il y avait 38 médicaments en rupture de stock au Québec, contre 63 en 2008 et 126 en 2011. Devant la gravité du phénomène, qui est d’une violence inouïe, nos gouvernements ont réagi…
Au fédéral, Harper a fait appel à la bonne volonté des pharmaceutiques et les a suppliées de le prévenir à l’avance sur les ruptures à venir (Le Devoir, 17 octobre 2011). Il s’en est remis à leur code d’éthique capitaliste. Pas de mettre fin sur le champ à ces ruptures intentionnelles comme il le pourrait, mais seulement de l’informer du moment des ruptures pour que les patients puissent mieux prévoir le temps qu’il leur reste à vivre et la date approximative de leur décès. Pour les arrangements funéraires, ça aide de savoir ça. Les conservateurs ont été moins tolérants et moins compréhensifs avec les travailleurs des Postes qui ont eu droit à une loi spéciale et avec ceux d’Air Canada qui vont en avoir une s’ils ne rentrent pas dans les rangs en se soumettant gentiment aux doléances des patrons. La poste et le transport aérien, c’est nettement plus important que des pilules essentielles à la vie. Voyons-donc!
Quant à la girouette Charest et à son ministre de la santé Yves Bolduc, ils se sont dit inquiets: «Ruptures de stock de médicaments: Le ministre Bolduc se dit préoccupé» (La Presse, 10 août 2011). Inquiets et préoccupés seulement, et pas plus, devant la gravité du geste posé par l’oligarchie pharmaceutique. Pensez-vous que les politiciens sont vraiment au service de la population et des malades et qu’ils vont mettre fin aux ruptures planifiées de médicaments pratiqués par le monopole des multinationales pharmaceutiques?
Charest est plus fanfaron avec les syndicats, dont celui de la construction. Comme sa ministre du Travail Lise Thériault qui a fait son petit pitbull avec les syndicats et qui fait son petit caniche avec les compagnies comme Couche-Tard, Wal-Mart et autres qui ferment boutique quand leurs employés décident librement et majoritairement de se syndiquer. Pas un mot de la ministre aussi lors de la fermeture sauvage d’usines comme celles d’IQT et d’Abitibi-Bowater.
Les gros bras de la ministre ne m’impressionnent guère. Faut dire qu’ils ont de nombreux amis lobbyistes dans cette industrie, comme l’ancien député libéral William Russel et l’ex-attachée politique du ministre de la santé Yves Bolduc, Hélène Chouinard rendue chez Bristol-Myers Squibb.
Pas un éditorial ou une seule chronique sur ces gestes posés par les pharmaceutiques. Il n’y a peut-être rien à dire sur ce phénomène qui relève, selon eux, des lois naturelles du marché. Faut donc se résigner. Par contre, on a eu droit à une tonne de chroniques et d’éditoriaux contre les vilains syndicats de la FTQ-Construction. Dans la seule journée du 26 octobre 2011, voici quelques titres révélateurs: «Brutes et bêtes», «Fini l’intimidation», et enfin «Pathétiques et consternants». Le sensationnalisme prime et la soumission au grand capital est de mise. Ils auraient dû plutôt réserver ces qualificatifs pour les pharmaceutiques. Qu’en pensez-vous?
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.