Soutenez

Déchéance d’un monument du cinéma

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

Le témoignage d’une présumée victime de Claude Jutra a provoqué une onde de choc dans le milieu cinématographique qui devra maintenant trouver le moyen de concilier les allégations de pédophilie avec l’œuvre du cinéaste.

Réalisateur phare des années soixante et soixante-dix, Claude Jutra a réalisé plusieurs films marquants au cours de sa carrière, dont «À tout prendre», «Kamouraska» et «Mon oncle Antoine», l’un des plus importants du répertoire québécois.

C’est pour rendre hommage à son illustre carrière que Québec Cinéma crée les prix Jutra en 1999. Après la controverse déclenchée par les allégations de pédophilie, l’organisme a rapidement annoncé sa décision de changer le nom du gala.

«Je crois que c’est une évidence qu’il faut changer le nom du prix Jutra. Les gens n’auraient plus voulu accepter cette récompense, dans les circonstances», affirme Caroline Fortier, directrice générale de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec.

L’Office national du film du Canada (ONF), qui a produit bon nombre des films de Jutra, indique que 14 films du cinéaste demeureront accessibles sur leur site Internet.

«Il faut faire la distinction entre l’homme et l’œuvre. Les quatorze productions demeureront sur onf.ca. Libre aux gens de boycotter, critiquer ou aimer ces films», soutient la directrice des communications de l’ONF, Lily Robert, qui souligne que les films de Jutra demeurent des incontournables du cinéma canadien.
André Habib, professeur agrégé en études cinématographiques de l’Université de Montréal, se désole de la situation.

«Il faut continuer de reconnaître l’œuvre, mais ce sera perçu différemment. C’est dommage, parce que ça entache l’œuvre. On devra, en présentant ses films, faire une parenthèse sur cela, même si ça n’a rien à voir avec son art», déplore le professeur.

Les Éditions du Boréal, éditeur de la biographie écrite par Yves Lever qui a révélé les agissements du cinéaste, s’est prononcé par voie de communiqué.

«On ne peut comprendre le cinéma de Jutra en occultant ses images de l’enfance et des garçons. Son œuvre, comme celle de nombreux artistes, est inspirée d’un parcours qu’il faut connaître pour en découvrir le sens et la part tragique. L’auteur [Lever] aborde ces questions sans sensationnalisme, les replaçant toujours dans le contexte du travail d’un des plus grands créateurs qu’ait connus le Québec.»

Québec Cinéma promet se dévoiler prochainement le nouveau nom du gala qui récompense l’excellence du cinéma québécois. La 18e mouture se tiendra le 20 mars.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.