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16:41 29 octobre 2018 | mise à jour le: 29 octobre 2018 à 18:41 temps de lecture: 6 minutes

Violences sexuelles: des affiches critiquent la gestion de l’UQAM à Montréal

Violences sexuelles: des affiches critiquent la gestion de l’UQAM à Montréal
Photo: Courtoisie

Des dizaines de fausses affiches publicitaires ont été placardées dans plusieurs arrondissements de Montréal, lundi, pour critiquer la gestion des cas de harcèlement sexuel et psychologique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

«Le Bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH). Là où on vous dira qu’on ne peut rien pour vous», peut-on lire sur l’une des dites pancartes. «En matière de violences sexuelles, bienvenue aux idées brillantes. Parce que c’est pas l’administration qui les aura», est-il écrit sur une autre.

Un mot-clic, #pourquoijaipasdénoncé, est inscrit sur chaque pancarte afin d’illustrer les motifs de cette campagne. Le BIPH de l’UQAM est attaqué à plusieurs reprises. Le fait même de fréquenter le Bureau, décrit comme un «comportement à risque», est carrément déconseillé. «On vous dira : c’est ta parole contre la sienne», condamne-t-on.

«Sortir en pleurs du Bureau de prévention du harcèlement. C’est aussi ça l’effet UQAM.» – Propos inscrits sur une autre pancarte affichée à Montréal.

On accuse notamment l’organisation de l’UQAM de protéger «la réputation», «la confidentialité» et «la carrière» d’un agresseur.

Cette initiative serait l’œuvre «d’une tierce partie». Plusieurs pages Facebook, dont la page Hurler doucement, ont relayé des photos des affiches. Le but est d’exiger «la fin de l’hypocrisie de l’administration face à ces enjeux et un meilleur traitement des plaintes par le BIPH, qui valorise davantage la réputation du corps professoral que la sécurité de la population étudiante».

Quatre ans après le «stickergate» à l’UQAM – date à laquelle des professeurs de l’institution avaient vu leurs portes de bureau placardées d’autocollants qui dénonçaient la culture du viol, laissant parfois même entendre les inconduites de certains – le temps presse, selon les auteurs de la page. «Nous souhaitons réaffirmer l’urgence de la lutte contre les violences sexistes au sein de notre université. Nous dénonçons le double discours de l’administration de l’UQAM», qui appelle à utiliser ses services alors que ceux-ci «sont largement inadéquats», dit-on.

«Le BIPH, plutôt que de remplir son rôle et d’accueillir, d’accompagner et de prendre les mesures nécessaires pour fournir un environnement sécuritaire à ses étudiant-e-s et employé-e-s, enseigne plutôt à celles et ceux-ci à se taire en reproduisant des dynamiques de revictimisation.» -Extrait de l’avis écrit partagé sur Facebook

Les responsables derrière cette campagne disent exiger l’embauche de personnel «ayant une compréhension des dynamiques et des enjeux en matière d’agressions et de harcèlement sexuel en tant que manifestations de violences sexistes», dans une approche «féministe radicale […] et non administrative et complaisante». Il faut mettre fin, selon le groupe, à cette «parade procédurale» qui n’amène rien, sinon de donner «bonne conscience» à la direction.

Dans un courriel «anonyme» acheminé au journal étudiant de l’UQAM, Montréal Campus, l’auteur lui-même de cette action de visibilité dit dénoncer la violence de certaines procédures sur le campus, «qui consistent à respecter l’anonymat des personnes ayant violé l’intégrité physique et/ou psychologique des personnes avec qui ils ont une relation d’autorité», a tweeté le média universitaire en milieu de journée.

Plusieurs affiches ont été vues dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve ou encore sur le Plateau–Mont-Royal. Celles-ci semblent basées sur une récente campagne de publicité de l’UQAM, «100 millions d’idées», qui a pour objectif, depuis janvier, de récolter 100M$ pour financer «cinq grands axes d’intervention», dont la réussite étudiante et l’entrepreneuriat québécois. Très similaires dans leur design, leur visuel et leur arrière-plan, les publicités diffusées lundi avec le mot-clic #pourquoijaipasdénoncé rappellent directement la campagne de l’Université, qui s’étend jusqu’en 2022.

Une autre pancarte. Crédit photo: Courtoisie

L’UQAM et l’UEQ concernés
Jointe par Métro, la porte-parole de l’UQAM, Jenny Desrochers, a déploré que cette campagne d’affichage est «frauduleuse et usurpe l’identité de l’institution». «On entend ce qui est exprimé dans ces messages-là, mais ce n’est ni le ton, ni les propos qui ressortent des commentaires qu’on a colligés après les consultations sur la nouvelle loi obligeant les universités à se doter de politiques en matière de violences sexuelles», a-t-elle estimé.

«Ce qu’on voit dans cette campagne ne coïncide pas du tout avec ce qu’on voit sur le terrain. Et l’UQAM est toujours prête à entendre des commentaires pour améliorer ses pratiques. S’il y a des doléances qui découlent de l’expérience vécue dans nos instances, on peut frapper à différentes portes, celle de l’ombudsman par exemple.» -Jenny Desrochers, porte-parole de l’UQAM

La rectrice de l’UQAM, Magda Fusaro, est elle-même «une femme de terrain et à l’écoute des préoccupations étudiantes», a indiqué la porte-parole. «Sa porte est aussi toujours ouverte.» Le CALACS Trêve pour elles est aussi disponible sur le campus de l’UQAM pour les étudiants, trois jours par semaine, a affirmé Mme Desrochers. «Ça attaque l’institution», a-t-elle condamné, disant préférer opter pour le dialogue.

Le propriétaire des supports publicitaires, Astral Média, a déclenché une enquête sur cette campagne d’affichage, a rapporté l’UQAM.

Quelques heures avant le dévoilement des affiches, l’Union étudiante du Québec (UEQ) avait lancé lundi une enquête panquébécoise sur la santé psychologique de la communauté universitaire, avec pour objectif de poser des revendications claires à Québec d’ici peu. Appelé à réagir sur la question des affiches à l’UQAM, le président de l’association nationale, Guillaume Lecorps, a reconnu que son organisation suivra «de près» cette affaire.

«Un des piliers de notre enquête, c’est de le faire dans une approche constructive où on évite de lancer de la boue à telle ou telle université», a-t-il toutefois précisé, préférant ne pas ajouter de commentaires pour le moment. «J’en connais sincèrement trop peu à ce stade-ci pour nous positionner en lien avec cet affichage», a avancé M. Lecorps.

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