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Financement du transport en commun: Québec tentera d’alléger le fardeau sur les villes

Financement du transport en commun: Québec tentera d’alléger le fardeau sur les villes
Photo: Emmanuel Delacour/TC MediaMétro à la Station McGill.

Alors que les municipalités du Grand Montréal pourraient voir la facture de leur participation financière aux projets de transport en commun dans la région gonfler au cours des prochaines années, Québec promet d’être à l’écoute de leurs inquiétudes et de dénicher de nouvelles sources de financement d’ici la fin de l’année.

«Le député [de Beauharnois] Claude Reid a été mandaté par François Bonnardel, le ministre des Transports, pour faire le tour des maires des municipalités et les consulter sur le financement. À la fin de l’année, on aura un rapport. Des recommandations seront faites sur le financement [du transport en commun]», a indiqué en marge d’une conférence de presse au centre-ville lundi la ministre québécoise déléguée au Transport et à la région métropolitaine, Chantal Rouleau.

Questionnée par Métro, la ministre n’a toutefois pas voulu s’avancer sur les sources de financement alternatives du transport collectif qu’envisage Québec.

Facture salée
Dans un mémoire déposé dans le cadre des consultations prébudgétaires du gouvernement du Québecla Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) évalue que les coûts d’exploitation du transport en commun dans le Grand Montréal passeront de 2,9G$ l’an dernier à 5,7G$ en 2028, soit une hausse annuelle moyenne de plus de 7%. Cette évaluation tient compte des services de transport en commun actuellement en place et de ceux qui se concrétiseront au cours des 10 prochaines années dans la région métropolitaine, notamment le prolongement de la ligne bleue du métro et le Réseau express métropolitain (REM).

«Ce qu’on a appris aujourd’hui, c’est que la facture allait doubler pour l’exploitation du transport collectif dans la Communauté métropolitaine de Montréal. Donc, il faut réfléchir à comment on finance les projets de développement [du transport en commun]», a réagi lundi la mairesse de Montréal et présidente de la CMM, Valérie Plante, en marge d’un point de presse à l’hôtel de ville. Elle a rappelé que cette évaluation ne tient «même pas compte» des coûts d’exploitation qu’auraient une éventuelle ligne rose du réseau du métro ou encore l’ajout d’un tramway dans l’est de Montréal.

Revoir le financement
Actuellement, les 82 municipalités du Grand Montréal assument 29% de la facture du transport en commun dans la région. Le reste du financement provient majoritairement de Québec (33%), de la tarification imposée aux usagers du transport en commun (30%) et des automobilistes, qui couvrent 5% de la facture par le biais de la taxe sur l’essence ainsi que celle sur l’immatriculation.

Alors que les coûts d’exploitation du transport en commun dans le Grand Montréal vont augmenter considérablement dans les prochaines années, en particulier en raison de l’arrivée du REM, la part du financement assumée par les automobilistes «tend à diminuer au fil des ans», indique d’ailleurs le mémoire de la CMM, qui recommande d’«indexer à l’inflation les sources de revenus provenant des automobilistes».

«Cette source de financement, c’est prévu qu’elle va diminuer à mesure qu’on va opter pour des voitures électriques. Donc, il faut trouver d’autres sources de financement parce que sinon, ce sont les villes qui vont payer», a confirmé à Métro la professeure en études urbaines et touristiques à l’Université du Québec à Montréal et experte en transport, Florence Junca-Adenot.

Parmi les sources de financement alternatives que Québec pourrait envisager, le chargé de cours Pierre Barrieau note la possibilité de dédier un point de la taxe de vente du Québec au financement du transport en commun.

«Quand tu regardes la quasi-totalité des villes américaines qui ont investi dans leur transport en commun, elles ont presque toutes une taxe de vente qui finance le transport en commun», a souligné M. Barrieau, qui enseigne l’urbanisme et la planification des transports dans plusieurs universités québécoises.

M. Barrieau estime également qu’une augmentation tarifaire, malgré son impopularité auprès de la population, pourrait être envisagée étant donné que le coût de la passe mensuelle pour les services de transport en commun à Toronto est «beaucoup plus élevé» qu’il ne l’est à Montréal.

«Je ne crois que les Québécois vont vouloir dépenser encore plus pour leurs déplacements», a pour sa part réagi le professeur agrégé à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal et spécialiste en transport urbain, Jean-Philippe Meloche.

Selon ce dernier, Québec pourrait augmenter le financement dédié au transport collectif en réduisant celui alloué au développement du réseau routier, se contentant ainsi de maintenir celui-ci en bon état.

«La première chose à faire, c’est de ramener l’équilibre 50-50 dans le financement du transport entre le financement du réseau routier et celui du transport en commun», a d’ailleurs estimé la responsable des enjeux en transport au Conseil régional de l’environnement de Montréal, Tania Gonzalez.

Actuellement, 30% des investissements du ministère des Transports du Québec sont dédiés au transport collectif, contre 70% pour le maintien et le développement du réseau routier.

«On sait que quand on investit dans le développement du réseau routier, on contribue au phénomène de la congestion routière.» -Tania Gonzalez, responsable des enjeux en transport au Conseil régional de l’environnement de Montréal.