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Brian Chesky: «Résolvez vos propres problèmes»

Photo: Agatanowicka/Endo.pl
Elisabeth Braw - Metro World News

Le DG du populaire site de partage de logements Airbnb explique comment connaître du succès en affaires.

Vous connaissez l’histoire du type qui a amassé une fortune grâce à son matelas gonflable? Eh bien, elle est authentique! Brian Chesky, un San-Franciscain originaire de la côte est, et deux associés ont eu l’idée de Airbnb à un moment où ils avaient désespérément besoin de se faire quelques dollars. Cinq ans plus tard, Airbnb est le site incontournable de tous les jeunes (et moins jeunes) voyageurs. L’entreprise compte des bureaux dans 11 pays et près de 10 millions de nuitées réservées dans des maisons comme la vôtre. Chesky, qui a aujourd’hui 31 ans, explique comment réussir en affaires an faisant fructifier une idée.

Tous les entrepreneurs veulent obtenir du succès, mais seules de rares idées sont aussi fructueuses que celle qui a donné Airbnb. Comment saviez-vous que vous teniez quelque chose de gros?
Nous ne savions pas qu’Airbnb serait aussi gros. Ça a commencé une fin de semaine où mes colocs et moi nous sommes rendu compte que nous n’avions pas assez d’argent pour payer le loyer. Une importante conférence était cependant sur le point d’avoir lieu à San Francisco, et tous les hôtels étaient complets. Nous nous sommes alors dit : «Pourquoi n’organiserait-on pas une sorte de gîte en prévision de cette conférence?» Nous avons donc sorti des matelas gonflables du placard et avons loué un espace dans notre appartement. Nous l’avons appelé le Air Bed & Breakfast (littéralement, «lit gonflable et déjeuner»).

Donc, au début, rien ne laissait présager que votre entreprise allait connaître le succès qu’elle connaît…

Nous trouvions l’idée bonne, mais nous ne savions pas qu’elle donnerait de tels résultats. Nous avons demandé à certaines personnes de faire comme nous, et elles ont adoré ça. Cela nous a permis de constater que d’autres étaient susceptibles d’apprécier ce genre d’expérience. À partir de là, le défi a été de convaincre les gens de tenter l’expérience, et nous avons commencé à en persuader un peu partout dans le monde de faire comme nous. Nous pensions que seules quelques personnes le feraient, et qu’accueillir des voyageurs comme ça chez soi n’était pas pour tout le monde. Mais à un certain moment, nous avons remarqué que des gens de tous les horizons et de tous les âges, et pas uniquement des personnes comme nous, embarquaient et adoraient ça. C’est là qu’il est devenu clair pour nous qu’il s’agissait d’une idée géniale, parce que ça interpellait tout le monde.

Quel est le point où, pour une entreprise en démarrage, ça passe ou ça casse?
C’est quand le bouche à oreille commence à faire son œuvre et que l’entreprise se met à grossir sans qu’on fasse rien. C’est à ce moment qu’on sait que ça va être gros. Si les gens sont enthousiasmés par quelque chose, ils en parlent à d’autres, à beaucoup d’autres. Et puis, vous vous rendez compte que c’est un immense marché : des tas de gens qui aiment votre produit en parlent à tous ceux qu’ils connaissent. Vous pouvez le sentir. Ce n’est pas comme si vous vous réveilliez un matin et aviez la certitude que votre entreprise allait marcher; non, c’est davantage comme une dynamique, comme la température qui monte, qui monte, qui monte.

Quelle est votre principale motivation? Permettre aux gens de trouver un endroit où dormir gratuitement? Partager votre enthousiasme du couchsurfing? Faire de l’argent?
Une nouvelle économie est en train d’émerger dans le monde, une économie qui repose sur l’idée de partage. Ce mouvement n’est pas inexorable, mais s’il s’impose, cela rendra forcément le monde meilleur, et cela offrira à des milliards de personnes – des personnes reliées entre elles – des solutions de rechange. Nous souhaitons contribuer à l’avènement de ce monde. Je souhaite aussi permettre à des millions de personnes de vivre une expérience pleine de sens. Et je veux aider à créer une nouvelle culture d’entreprise, qui aura une incidence sur la façon dont les choses fonctionnent au 21e siècle.

Élargirez-vous les services qu’offre Airbnb en fonction de cette nouvelle culture d’entreprise?
Nous participerons davantage au voyage de chacun. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant.

Le chômage chez les jeunes atteint des sommets dans plusieurs pays. Quel conseil donneriez-vous à un jeune instruit qui ne réussit pas à se trouver un emploi?
Le défi que posent les taux de chômage élevés parmi les jeunes pourrait très bien créer un grand nombre de nouvelles occasions qui seront, à long terme, très bonnes pour toute une génération.

Êtes-vous en train de dire que la récession est une occasion pour les jeunes d’essayer des choses nouvelles, notamment l’entrepreneuriat?
En affaires, la réussite peut sourire à différents types de personnes. Ce n’est pas obligatoire d’avoir une entreprise qui ait la taille de la nôtre, mais il est possible pour chacun d’être autonome. Je crois que la raison pour laquelle de nombreux jeunes sont sans emploi est qu’ils cadrent mal avec le système de marché actuel, mais cela ne signifie pas qu’ils ne puissent pas créer leur propre marché. Par exemple, plusieurs micro-entrepreneurs se sont joints à Airbnb. Ils ne démarrent pas leur propre entreprise, mais ils fournissent des services en tant qu’hôtes et font des affaires en fonction de ces services. Je pense que le moment n’a jamais été aussi favorable pour tenter sa chance : c’est petit, branché et facile à faire. Parfois, ça prend des temps vraiment durs pour que les gens envisagent d’autres options.

Donc, certains de ceux qui utilisent vos services sont en train de créer leur propre entreprise grâce à Airbnb?
Oui, tout à fait. Plusieurs utilisateurs se servent d’Airbnb pour louer des lits chez eux sur une base plus régulière. En général, ils travaillent le jour, mais s’assurent un revenu d’appoint en louant leur logement à temps partiel. Nous les appelons des micro-entrepreneurs parce que ce ne sont pas des entrepreneurs indépendants, mais ils partagent leur individualité avec Airbnb. Et il ne s’agit pas non plus uniquement de louer sa maison sur le web. Nous avons aussi près de 3 000 photographes qui prennent des clichés de chacun des logements pour nous, et eux aussi sont des micro-entrepreneurs. Je peux encore imaginer plusieurs autres types de personnes se joignant à notre système pour fournir d’autres formes d’hospitalité.

Que dites-vous aux jeunes entrepreneurs en herbe qui vous approchent?
Qu’ils doivent tenter de résoudre leurs propres problèmes. Je leur dis : «Résolvez un problème qui affecte beaucoup de gens et trouvez des personnes qui aiment ce que vous faites.» Si vous trouvez beaucoup de gens qui aiment votre idée, votre entreprise connaîtra vraisemblablement du succès.

Vous pouvez maintenant vous offrir de luxueuses chambres d’hôtel. Continuez-vous quand même à utiliser Airbnb?
C’est la seule chose dont je me serve quand je voyage. Et ce n’est pas seulement pour faire des économies ou trouver une solution de rechange abordable à l’hôtel. Il s’agit aussi de pouvoir vivre en voyage une expérience qui vaille davantage la peine d’être vécue. Être chez quelqu’un et pouvoir avoir cette personne pour guide dans la région où on séjourne est formidable. Les gens aiment le confort d’un foyer; c’est pour cela qu’ils utilisent Airbnb.

Être à la tête d’une jeune entreprise prospère est grisant, mais qu’en est-il de l’équilibre travail-vie personnelle? Quand vous n’êtes pas au bureau, êtes-vous collé à votre iPhone?
J’essaie davantage de décrocher du travail aujourd’hui. Au cours des dernières années, j’ai passé mes vacances avec mes parents et ma sœur. Quand on démarre une entreprise, on est complètement absorbé par le travail. On ne pense qu’à ça, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Puis, avec le temps, on apprend à s’en distancier un peu.

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