Révoltez-vous!
Trop, c’est trop. D’un côté, il y a : «Les entreprises sortent de la crise en pleine forme» (La Presse, 18 novembre 2009). Statistique Canada souligne que «la santé financière des entreprises canadiennes n’a jamais été aussi bonne depuis 40 ans». Puis, il y a cet article du Devoir (4 septembre 2010) qui sert au monde ordinaire un avertissement : «L’explosion des profits n’annonce pas la fin de la crise.» Crise pour qui au juste?
Même si les banques canadiennes voguent encore «vers une saison de profits records» (Le Devoir, 25 février 2011), elles vous ont prévenus : «Les Québécois devront faire des sacrifices» (La Presse, 2 septembre 2009). Révoltant! Dans certains pays, les gens ont fait la révolution pour moins. La richesse déborde, mais sans partage réel.
De l’autre côté, il y a au Canada 53 % des contribuables qui gagnaient en 2007 moins de 30 000 $, et 86 % ,moins de 40 000 $. Que dire du titre de ces articles : «Aucun gain salarial pour les travailleurs en 30 ans», «Six Canadiens sur 10 vivent de paie en paie» et «Un travailleur canadien sur six reçoit un salaire au seuil de la pauvreté»? Pendant ce temps, nos élus ont réduit radicalement les impôts des compagnies et des nantis, les ont inondés d’abris fiscaux et ont toléré les paradis fiscaux. Pour la classe moyenne, c’est différent. Ils ont augmenté leurs taxes à la consommation et les tarifs des services publics. Jumelé à l’explosion du prix de l’essence et des aliments, son revenu disponible fond. La conséquence de cet appauvrissement généralisé est l’augmentation de l’endettement. «Épargner, l’affaire des riches», soulignait un économiste de la Banque de Montréal. Et j’ajouterais : «S’endetter, l’affaire des autres».
Les libéraux en ont rajouté récemment en instaurant un régime individuel obligatoire d’épargne-retraite qui va contraindre les personnes vulnérables à épargner de force pour leurs vieux jours. Un impôt déguisé. Voilà que Charest récidive et vote une loi pour réduire de force l’endettement sur les cartes de crédit : «Crédit : l’État protégera les Québécois contre eux-mêmes» (Le Devoir, 9 juin 2011). Pathétique. Les gens ne s’endettent pas par plaisir, mais souvent par nécessité. S’il arrive une dépense imprévue, ils iront emprunter chez les «shylocks». Ça prend pas une lumière pour comprendre que ces odieuses inégalités alimentées par les gouvernements mèneront au cercle vicieux de l’accroissement de la criminalité, comme aux States, et au durcissement des lois. Pourquoi ne pas avoir contraint les banques à réduire leurs taux d’intérêt sur leurs cartes? À terme surviendront de graves perturbations sociales que le patronat et les politiciens auront fomentées. Ces hypocrites feindront alors de ne pas comprendre.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.