Sondage ridicule
En primeur dans Le Devoir de samedi dernier, les résultats «percutants» d’un incroyable sondage réalisé avec Léger Marketing. Un pétard mouillé qui, sur le thème racoleur de la rivalité gauche-droite au Québec, a fait que le quotidien s’est autorisé à philosopher sur plusieurs pages sur le sujet en interviewant des «experts» et des universitaires qui ont pondu des explications invraisemblables sur «l’échec de la gauche». Désolant…
Le problème vient de la nature même des questions. Chacun sait que, suivant les questions posées, leur libellé et leur sous-entendu, et surtout selon les questions pertinentes non posées, on arrive au résultat souhaité. Même si les réponses n’étaient pas évidentes, on a conclu abusivement à la préséance des idées de droite. Ce n’est pas parce que nos médias rapportent intensément tout ce qui porte à droite qu’il faut conclure que les gens sont majoritairement favorables aux politiques conservatrices. La population n’est pas dupe des aboutissants des mesures de la droite.
Par exemple, au lieu de proposer comme priorité : «Accorder plus de latitude aux entreprises privées pour l’exploitation des ressources naturelles», pourquoi ne pas avoir demandé : «Êtes-vous pour la nationalisation de nos ressources natu-relles?» Il y a sept ans, les auditeurs de TVA et de TQS avaient répondu favorablement, à plus de 80 %, à notre recommandation de les nationaliser, comme cela se fait ailleurs.
Par ailleurs, comme le Québec est le champion canadien des subventions, pourquoi ne pas avoir inséré des questions comme : «Êtes-vous favorables à la diminution des subventions aux entreprises au même niveau qu’en l’Ontario, ce qui représenterait 3 G$ de moins par année?» et «Êtes-vous d’accord pour réduire les subventions de 400 M$ par an aux écoles privées, alors que l’Ontario ne leur verse rien?» ou encore «Seriez-vous favorables à une réduction des abris fiscaux (REER, CELI, REEE, etc.) qui ne profitent qu’à une minorité afin d’investir les milliards récupérés dans les services publics?» Pas mal mieux que de demander innocemment si on doit augmenter les impôts pour financer les services publics, alors que la classe moyenne est surtaxée.
Mais non, on n’a pas libellé ces quelques questions, car on connaissait a priori les réponses et cela aurait bousillé les résultats qu’ils voulaient obtenir. Le jupon dépasse. Je mets Le Devoir au défi d’effectuer un sondage avec ces questions… juste pour voir.
En passant, je signale la publication d’un autre sondage qui place le NPD, de gauche, (21 %) devant les conservateurs (18 %) au Québec. Ah ben là!
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.
M. Lauzon prononcera une conférence sur l’économie et les enjeux de société dans le cadre du Salon du livre de Montréal, à la place Bonaventure, samedi à 13 h. Il dédicacera également son plus récent livre, Contes et comptes du prof Lauzon, au stand des éditions Michel brûlé, après sa conférence.