Faut pas insulter les gens
Lucien «le lucide» Bouchard, ex-premier ministre péquiste du Québec,
devenu avocat-lobbyste chez Davies Ward Phillips & Vineberg à 1 M$
par année, a, dans son opinion parue dans La Presse du 25 octobre 2005,
vertement sermonné le chroniqueur Pierre Foglia. «Non aux insultes! La
solution aux problèmes du Québec ne se trouve pas du côté de la hargne,
du cynisme, de l’injure et de la vulgarité mais dans le respect des
interlocuteurs et de la réalité», pouvait-on lire. Quelle réalité au
juste?
Je suis entièrement d’accord avec monsieur Bouchard, ce
«social-démocrate» qui conseillait Mario Dumont de l’ADQ (Journal de
Montréal, 23 août 2002). Faut pas insulter les gens, surtout ceux qui
sont importants, c’est pas beau. En tout cas, moi je n’ai jamais insulté
personne afin de donner le bon exemple à ma fille Martine et à Soliane
ma petite-fille. J’ai toujours été un modèle de respect des individus et
des institutions.
Mais, monsieur Bouchard, s’il ne faut pas insulter les gens, comment
doit-on alors appeler un voleur, un menteur, un hypocrite ou un
opportuniste? Tiens, par exemple, prenons le cas de l’ancien ministre
libéral de la santé, Philippe Couillard, qui a quitté ses fonctions en
2008 pour, comme une tonne d’autres politiciens, réorienter sa carrière
dans le privé, en l’occurrence la firme Persistence Capital Partners
(PCP) du groupe de cliniques et d’hôpitaux privé Médisys. Jusque là pas
de problème. Toutefois, comment dois-je qualifier monsieur Couillard
quand je vois le titre de ces deux articles : Couillard avait élargi la
voie au privé juste avant de démissionner (La Presse, 20 août 2008) et
«Ministre, il cherchait un emploi. Contrairement à ce qu’il prétendait,
Philippe Couillard avait un contrat en poche avec PCP six semaines avant
de démissionner» (Le Devoir, 18 mars 2009)? Voilà un bon exemple pour
tester le niveau de savoir-vivre des lecteurs. Faut surtout pas traiter
monsieur Couillard d’opportuniste et de malhonnête, Lucien Bouchard
n’aimera pas ça. Faut plutôt qualifier Philippe de visionnaire et de
lucide. Vous commencez à piger?
Tiens, un autre exemple pour vérifier votre sens de la civilité. Pour
contrer le vieillissement de la population, le gouvernement libéral du
Québec de Jean Charest, va «investir» 700 M$ de votre argent pour
l’installation de panneaux routiers géants pour les vieux . Le même
mois, le gouvernement admettait qu’il y avait 6000 personnes âgées en
perte d’autonomie en attente d’une place dans un centre d’hébergement et
de soins de longue durée (CHSLD) au Québec. Qu’entend-on exactement par
«une manne pour le privé»? Qui a demandé au gouvernement de dépenser
700M$ en panneaux géants pour les vieux? Où est l’urgence? N’aurait-il
pas été plus approprié de construire des CHSLD pour loger ces 6000
personnes âgées vulnérables?
Nous servir comme argument le vieillissement de la population pour faire
plaisir à des affairistes et leur faire cadeau de 700M$ en fonds
publics, certains individus dotés d’une vilaine attitude vont dire que
c’est non seulement insultant mais méprisant et que c’est faire injure à
l’intelligence. Pas moi, qui suis positif et bien élevé. Chaque chose
en son temps. À quoi bon construire des CHSLD et des hôpitaux si les
vieux myopes ne sont pas en mesure de s’y rendre, faute de panneaux
géants appropriés? En premier les panneaux fluorescents énormes, puis
ensuite viendra les CHSLD et les hôpitaux. Faudrait que la démagogue…
pardon, la pédagogue ministre libérale Nathalie Normandeau explique la
rationalité de la décision gouvernementale au monde ordinaire que nous
sommes. C’est ça la vraie «réalité» dont fait allusion le sage Lucien
Bouchard.
Prenons maintenant l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux qui se
chiffrent à plusieurs milliards de dollars annuellement au Québec et au
Canada. Comme dirait l’autre, et je vous jure que «l’autre» c’est pas
moi, l’évasion fiscale pratiquée allègrement par les messires vautrés
dans leur confort, c’est pas seulement frauduleux, c’est carrément
criminel et est source de pauvreté et de mort. C’est d’une violence
inouïe. Ce n’est pas parce que des politiciens complices votent des lois
qui tolèrent et encouragent l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux
pratiquée par la majorité des grandes entreprises et par les gras durs
qu’il faut considérer ça comme un geste légal dans les faits.
Pire, les bonzes qui s’adonnent à des telles ignominies, comme les
banques et les transnationales, sont toujours ceux qui nous disent que
l’on va devoir se serrer la ceinture, faire de gros sacrifices et
accepter sans rechigner des hausses de taxes à la consommation et de
tarifer davantage tous les services publics comme la santé, l’éducation,
le transport en commun, l’électricité, les garderies, l’eau, les
autoroutes, etc. Faut aussi couper dans le gras des programmes sociaux
qu’ils exigent même s’ils sont rendus squelettiques.
Les services sociaux coûtent trop cher, mais pas l’évasion fiscale dans
les paradis fiscaux. L’évasion fiscale dans les paradis fiscaux est loin
d’être une vue de l’esprit. C’est un fait indéniable. «L’autre», encore
lui, crie plein de noms pas catholiques à ces nabbabs qui relèvent de
l’insulte. Faut se calmer le pompon. Loin d’être du mépris, l’évasion
fiscale dans les paradis fiscaux permet au gratin de s’enrichir encore
plus et aux compagnies d’engranger plus de profits, ce qui favorisera la
croissance, créera des jobs et de la richesse pour tous. Ainsi, ça
favorisera les générations futures. Ce n’est pas de l’évasion ou de la
fraude fiscale, c’est tout simplement de la bonne planification fiscale.
Pauline Marois et d’autres nous l’ont dit : faut pas être jaloux et
envieux de la richesse des riches, faut plutôt les admirer et les
prendre comme modèles.
Puis, il y a les politiciens qui nous disent qu’ils ne peuvent pas
mettre fin aux paradis fiscaux puisque le Canada a signé des ententes
fiscales officielles avec ces pays. Tout au plus, ils veulent inciter
les paradis fiscaux à échanger de l’information avec les pays
occidentaux, ce qui, dans les faits, est du tape-à-l’Å“il qui ne changera
absolument rien. Simplement, du cinéma pour épater la galerie.
Parlons-en de ces pays fiscalement paradisiaques, comme Niue avec ses
1400 habitants, Anguilla avec ses 12 000 habitants, Turks et Caïcos 19
000 habitants, Caïmans 42 000 habitants et Nauru 13 000 habitants. Des
«pays» pas plus gros que Pointe-Calumet et Saint-Tite.
Dans les faits, les paradis fiscaux sont contrôlés et dirigés par les
puissants de la planète. Avec un minimum de volonté politique, nos
gouvernements pourraient rayer de la carte ces pseudos-pays souverains
en moins d’une journée par le biais d’un embargo économique et bancaire.
Mais ils préfèrent appliquer des blocus contre des pays diaboliques
comme Cuba, l’Iran et la Corée du Nord qui, dans les faits, sont pas mal
moins dangereux pour le monde que les paradis fiscaux. Faut pas
insulter ces politiciens, ils ne font qu’appliquer la loi de leurs
commanditaires.
Enfin, il y a quinze ans, Jean Charest et les libéraux du Québec, alors
dans l’opposition, s’étaient farouchement opposés à une hausse d’un
point de pourcentage de la TVQ envisagée par le gouvernement péquiste,
sous prétexte que cette taxe à la consommation était inéquitable, que
cela frapperait durement la classe moyenne, tuerait la création
d’emplois et favoriserait le travail au noir. Puis, quinze ans plus tard
au Québec, Charest et cie vont faire passer la TVQ de 7,5% à 9,5%, soit
une augmentation de 27%, ce qui fera du Québec l’endroit avec les taxes
à la consommation les plus élevées en Amérique du Nord. Effectuant donc
un virage à 180 degrés, Charest et ses ministres seniors Bachand et
Gignac ont affirmé que la TVQ était devenue à leurs yeux une taxe très
équitable. Même s’il faut avoir un front de bÅ“uf pour nous dire le plus
sérieusement du monde que taxer la consommation et tarifer les services
publics est plus équitable que de taxer le revenu, faut surtout pas
traiter Charest de vire-capot et ses ministres économiques de
méprisants. En fait, il y a juste les tarés qui ne changent pas d’idée.
Par déduction, faut donc conclure que changer d’idée complètement comme
l’a fait Jean Charest est un signe probant d’intelligence. Non, faut
plutôt les féliciter d’avoir le courage et l’audace de taxer le monde
ordinaire et de détaxer nos cerveaux.
Le ministre libéral des finances Raymond Bachand a qualifié son dernier
budget du mois de mars 2010 de «révolution culturelle», rien de moins.
Moi, je trouve ça bien les gens qui s’auto-congratulent comme ceux qui
se sont auto-proclamés de «lucides». Dites-moi, ceux et celles qui ne
pensent pas la même chose que les lucides, ils sont quoi alors?
Je m’arrête drette là. La suite dans deux semaines sur journalmetro.com,
article que j’intitulerai probablement : «Pour en finir avec les
insultes» ou, pour singer l’indépassable Alain Dubuc de La Presse, eh
bien moi, si cela évidemment ne contrarie pas monsieur Dubuc, peut-être
que vais-je coiffer mon article ainsi, en son honneur : «Les insultes :
un faux problème». J’espère que vous avez apprécié ma leçon de
bienséance. J’ai tout fait pour ne pas être moraliste mais seulement
positif et je dirais même jovialiste.