Montréal
03:00 15 décembre 2016 | mise à jour le: 15 décembre 2016 à 03:00

Éviter le pire dans le métro

Éviter le pire dans le métro
Photo: Chantal Lévesque/Métro

Si, à tout moment, vous ou une personne dans votre entourage avez besoin d’aide, vous pouvez appeler Suicide Action Montréal au 1 866 APPELLE. Des intervenants sont disponibles 24 heures sur 24 et sept jours sur sept pour vous aider. Vous n’êtes pas seuls.

Une étude montréalaise, qui est publiée jeudi dans la revue scientifique Bio Med Central Public Health et dont Métro a obtenu copie, a permis de déterminer des signes précurseurs qui pourraient aider les employés de la Société de transport de Montéal (STM) à identifier les personnes à risque de faire une tentative de suicide dans le métro.

Menée par le chercheur Brian Mishara, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), cette étude s’est appuyée sur des bandes vidéo de toutes les tentatives de suicide survenues dans le métro de Montréal entre 2010 et 2013. L’équipe de chercheurs a pu observer chaque personne depuis son entrée dans la station de métro jusqu’au moment fatidique.

L’analyse des bandes vidéo a permis à M. Mishara de déterminer certains comportements spécifiques aux personnes qui vont faire une tentative. Deux de ces comportements, dont nous tairons la nature pour des raisons de sécurité, permettent d’identifier, avec un bon taux de succès et peu de risques de fausse alerte, des personnes potentiellement suicidaires.

Pour valider ses conclusions, l’équipe de chercheurs a recruté 33 étudiants au baccalauréat à l’UQAM pour participer à une deuxième étude. Dans celle-ci, on a montré aux étudiants 63 extraits vidéo de cinq minutes provenant de caméras de surveillance du métro de Montréal, dans lesquels une personne s’apprêtait à faire une tentative de suicide. On leur a aussi montré 56 bandes vidéo captées sur les mêmes quais mais où aucune tentative ne devait avoir lieu.

Ne sachant pas s’ils re­gardaient effectivement une bande vidéo dans laquelle ils risquaient de voir quelqu’un commettre un tel acte, les étudiants devaient dire si, oui ou non, une des personnes dans la vidéo présentait un des comportements à risque relevés par les chercheurs.

Après une formation de seulement 10 minutes, les étudiants ont pu identifier de manière fiable, dans 24% des cas, une personne suicidaire. Selon M. Mishara, il s’agit de résultats encourageants. «Si quelqu’un qui ne connaît rien là-dedans peut relever un comportement à risque après 10 minutes de formation, on peut croire que ce sera encore plus fiable pour le personnel professionnel bien formé qui surveille les caméras de sécurité», indique-t-il.

D’ailleurs, des employés de la STM, notamment les opérateurs du métro, ont reçu une formation de sensibilisation pour reconnaître ces comportements.

«Certains des comportements que nous avons observés sont spécifiques aux personnes qui vont faire une tentative, affirme M. Mishara. Il y a un bon nombre de tentatives qu’on pourrait prévenir si on était en mesure de relever ces comportements à l’avance. Je pense qu’il y a des avenues prometteuses pour la prévention.»

M. Mishara ajoute que les nouvelles voitures Azur, qui permettent à l’opérateur de voir ce qui se passe sur le quai d’une station avant d’y arriver, offrent donc la possibilité de ralentir ou de stopper le train si un usager sur le quai présente un tel comportement à risque.

La STM, qui a financé cette étude, a fait savoir par courriel que le nombre de suicides dans le métro de Mont­réal a considérablement diminué depuis les années 1990. Outre les nouvelles voitures Azur, d’autres mesures de prévention ont été adoptées, notamment la détection automatique d’intrus dans les tunnels, a-t-on ajouté.

66% des tentatives ratent

L’analyse de Brian Mishara a permis de constater qu’environ 66% des tentatives de suicide commises dans le métro de Montréal ne mènent pas à la mort.
«Elles ont des blessures vraiment graves, plaide le chercheur. Les gens pensent souvent que se suicider dans le métro, ça va être une mort certaine, sans douleur, mais la grande ma­jorité se retrouve à l’hôpital avec des blessures graves ou des handicaps à vie.»

M. Mishara ajoute avoir détecté des «comportements d’ambivalence», donc de remise en question du geste, dans 75% des cas. «Honnêtement, c’est quelque chose qui me donne des frissons», témoigne-t-il.

Le chercheur invite toute personne qui pense avoir repéré une personne à risque à la signaler en utilisant un des téléphones d’urgence rouges sur les quais du métro. Toute personne ayant besoin d’aide peut à tout moment composer le 1 866 APPELLE pour joindre Suicide Action Montréal.