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Un programme aidant les jeunes itinérants suscite des envies

Gilles Beauregard et Jean-Denis Mahoney de l'organisme Spectre de rue Photo: Josie Desmarais/Métro

Le programme d’un organisme du centre-ville, qui vient en aide à des jeunes Montréalais vivant une grande précarité, va être repris dans différents arrondissements après avoir vu son idée être dupliquée à l’international.

Montréal-Nord dès l’été, Longueuil en septembre, éventuellement Verdun et le Sud-Ouest dans les prochains mois: lancé en 2000 dans l’arrondissement de Ville-Marie, le programme TAPAJ, déjà présent dans Hochelaga-Maisonneuve depuis 2015 en collaboration avec l’organisme Dianova, va continuer de s’étendre, suscitant admiration et envie du milieu.

«C’est une idée géniale, qui répond exactement aux besoins de personnes en grosse difficulté», clame Danielle Goulet, directrice de Macadam Sud à Longueuil, qui va lancer un projet-pilote au début de l’automne. Un sentiment partagé par le Centre des jeunes l’Escale. «Certains jeunes sont très réfractaires aux institutions et ce projet offre une porte de sortie pour ceux qui veulent s’en sortir», se réjouit Hoda Essassi, codirectrice de l’organisme de Montréal-Nord.

Un travail comme prétexte
Développé par Spectre de rue, TAPAJ s’adresse aux personnes «les plus éloignées possible du marché du travail, qui vivent une grande précarité, et qui ont notamment connu l’itinérance, la toxicomanie, des problèmes de santé mentale ou encore la sous-scolarisation», explique Gilles Beauregard, directeur de l’organisme installé à Ville-Marie, qui œuvre également dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal depuis 2013.

Différentes missions rémunérées à la journée ou à la semaine, variant du nettoyage des rues et ruelles, des services de déneigement et des activités de surveillance dans des événements, sont proposées à des jeunes majoritairement dans la vingtaine.

«Mais notre but n’est pas d’offrir simplement des contrats. Le travail est un prétexte pour créer un contact avec cette clientèle difficile à rejoindre», précise Gilles Beauregard.

«Important de ne pas aller trop vite»
Depuis ses débuts, TAPAJ se veut comme une étape entre la rue et le retour aux études ou la perspective d’un emploi à temps plein. «Pour ces jeunes, c’est dur de se prendre en main», assure Jean-Denis Mahoney, coordonnateur du programme pour Spectre de rue. Ce dernier reconnaît quelques retards et absences logiques, ainsi qu’une sensibilisation à mener «lentement».

«On ne s’attend pas à ce qu’ils volent de leurs propres ailes tout de suite. Ils appréhendent la réalité du monde du travail et on veut leur donner cette première expérience. Mais il est important de ne pas aller trop vite et de les aider à surmonter leurs difficultés», reprend l’intervenant qui y voit également l’occasion, pour ces participants, de changer leur image auprès du grand public.

«Ils se sentent valorisés car ils permettent d’augmenter le sentiment de sécurité dans des quartiers. Les gens les apprécient vraiment», croit-il.

TAPAJ présent en France
Ex-stagiaire en 2007 à Montréal au Centre international pour la prévention de la criminalité, Jean-Hugues Morales a rapidement été conquis par le modèle développé par Spectre de rue. De retour en France, en collaboration avec l’organisme québécois, il a œuvré à l’adaptation de TAPAJ à Bordeaux, lancée en 2013, puis dans une douzaine d’autres villes, de Paris à Marseille, en passant par Strasbourg et Nice.

«Permettre à ces jeunes, qui ont connu la délinquance, de se mobiliser et les accompagner, ça m’a énormément plu», confirme l’intéressé, désormais délégué national de TAPAJ France.

Invité à Barcelone en juin pour éventuellement créer une filière espagnole de son programme, Gilles Beauregard espère que ce succès outre-Atlantique lui permettra de convaincre des partenaires et des institutions publiques d’élargir ce projet montréalais. Contacté également par des organismes en Belgique et au Luxembourg, le directeur de Spectre de rue avoue «manquer de temps».

«Mon objectif, c’est déjà de développer un TAPAJ Canada, avec une charte de fonctionnement et un conseil d’administration, expose Gilles Beauregard. Ensuite, il pourrait éventuellement y avoir une adaptation dans plusieurs villes du pays.»

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