Montréal
23:35 13 août 2017 | mise à jour le: 13 août 2017 à 23:35 Temps de lecture: 5 minutes

Foire Écosphère: Voir l’avenir en vert

Foire Écosphère: Voir l’avenir en vert
Photo: Mario Beauregard/Métro

Alors que les mauvaises nouvelles concernant l’état de la planète s’accumulent, est-il encore possible d’aborder la cause environnementale avec optimisme? Plusieurs conférenciers de la foire Écosphère, qui s’est tenue ce week-end au Vieux-Port de Montréal, pensent que oui. Tour d’horizon de quelques innovations qui pourraient permettre de faire des pas de géant quant au développement durable et à la protection de l’environnement.

Le biomimétisme: la nature au service de l’innovation
Les solutions aux problèmes environnementaux pourraient-elles être déjà sous notre nez, dans les innovations développées au fil de l’évolution dans la nature? C’est le principe de base du biomimétisme, école de pensée en plein essor voulant appliquer l’efficacité de Mère Nature à la technologie humaine.

«Le modèle actuel de développement créé par l’homme ne fonctionne pas. Il faut une reconnexion avec la nature en s’inspirant de son génie. C’est une nécessité», soutient Stéphane Boucher, ingénieur et directeur de Biomimitech, une firme-conseil qui se spécialise en innovation inspirée du vivant.

La principale qualité des innovations naturelles? Leur faible consommation énergétique. Pour survivre à la sélection naturelle, les organismes naturels doivent impérativement être durables, plurifonctionnels et, surtout, efficaces dans leur gestion énergétique. On est loin de l’être humain, qui génère chaque année «25 000 fois la quantité d’énergie nécessaire à sa survie», une surproduction qui menace l’équilibre de la Terre, selon M. Boucher.

Le biomimétisme consiste à traduire tout cela en technologies viables, en s’inspirant des principes, des mécanismes et des stratégies de la nature. Cette émulation peut se faire sur plusieurs plans. Par exemple, les ingénieurs peuvent copier la forme de l’aile d’un oiseau pour améliorer l’aérodynamisme d’un avion. Ou encore calquer des processus comme la photosynthèse pour produire de l’énergie.

Cette philosophie pourrait être particulièrement utile dans les villes. «Nous avons avantage à nous inspirer des écosystèmes naturels en adoptant une approche intégrée. C’est mieux d’avoir une vue d’ensemble qui évalue le tout, au lieu d’aborder chacun des problèmes individuellement.»

Les communautés au cœur du changement
Le concept de «ville en transition» a été développé au début des années 2000 au Royaume-Uni. Il s’agit d’un mouvement citoyen non partisan visant à créer des communautés durables et résilientes aux bouleversements économiques et environnementaux, grâce à des initiatives locales à petite échelle.

Les Transition towns agissent sur quatre grands enjeux: l’accès à la nourriture, le transport, l’économie locale et l’énergie. Elles peuvent par exemple participer à la création de sites d’agriculture urbaine et d’aménagements pour les cyclistes, promouvoir l’énergie renouvelable ou favoriser l’émergence d’une monnaie locale.

Selon Blake Poland, professeur à la Dalla Lana School of Public Health de l’Université de Toronto, il existerait déjà une centaine d’initiatives du genre au Canada, dont la moitié se trouve en Ontario.
À Montréal, les quartiers de Villeray et de Notre-Dame-de-Grâce sont à l’avant-garde de ce mouvement avec des activités citoyennes de sensibilisation, de réseautage et de consultation, ainsi que des ateliers pratiques.

D’après le professeur Poland, qui a étudié le phénomène en plus de participer à des initiatives du genre à Oakville, en Ontario, les acteurs en tirent aussi des bienfaits personnels et émotionnels. «Ils en tirent la satisfaction d’avoir participé à la création d’une communauté et de contribuer à une action collective.»

«C’est peut-être le début de quelque chose de plus grand, affirme avec optimisme M. Poland. C’est l’occasion de repenser le changement sur des bases nouvelles, de réinventer le monde, l’être humain et nos interactions.»

Le droit au service de l’environnement
Le système de justice peut être une arme pour les défenseurs de l’environnement. Au-delà des actions judiciaires précises contre des pollueurs, le temps n’est pas loin où le gouvernement lui-même pourrait être amené en cour pour qu’on le force à résoudre la crise environnementale, selon Me Julius Grey.

«Dans le cas d’un risque direct et imminent qu’on peut prouver, on pourrait obtenir gain de cause en invoquant l’article constitutionnel protégeant la vie, la liberté et la sécurité de la personne, estime l’avocat spécialiste des droits de la personne. Si dans l’avenir on avait une preuve évidente, on pourrait s’adresser directement à la cour pour obliger le gouvernement à agir. Parce que nous avons tous droits à la vie et à la sécurité.»

«Cela pourrait se produire dans une cause extrême. Je ne sais pas si je serai encore là pour le voir, mais ça pourrait se produire d’ici 10 ou 15 ans», a jugé Me Grey, qui est d’avis que la jurisprudence canadienne en la matière pourrait être favorable à une telle issue.

En attendant, il recommande aux environnementalistes d’utiliser les recours collectifs, «un outil puissant», mais qui entraîne parfois une réplique «féroce», et les consultations publiques pour faire valoir leur cause.

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