La Société pour les enfants handicapés en repositionnement
La Société pour les enfants handicapés du Québec (SEHQ) est en plein repositionnement et souhaite désormais se concentrer sur une «clientèle oubliée» : les jeunes adultes handicapés.
«On est en train de réorienter notre mission, indique le directeur général de la SEHQ, Jean Duchesneau. Les services pour enfants sont souvent corrects, mais il y a un urgent besoin en ce qui concerne la clientèle adulte.»
Ainsi, la SEHQ a adopté un nouveau nom, la Fondation Papillon, et a fermé la résidence Papillon en mai dernier après avoir accueilli des enfants handicapés pendant plus de 25 ans pour donner un répit à leurs parents. «La fin de semaine, on était toujours complets, mais la semaine, je n’arrivais pas à avoir assez d’enfants pour égaler le coût du minimum de personnel», explique M. Duchesneau.
Une ancienne employée, remerciée en mai, impute la fermeture à un manque de financement gouvernemental. «Nous étions déjà fermés la semaine et nous n’avions plus que des repas congelés pour réduire les coûts», déplore Mathilde Lafrenière-Cotnoir, qui s’est dite surprise de la fermeture.
Le directeur général con-vient que la SEHQ ne bénéficie de presque aucun soutien financier du gouvernement. Ce sont des changements dans l’attribution des subventions aux parents qui ont surtout affecté la résidence. «Pendant des années, le Centre Marie-Enfant a réservé cinq lits chaque fin de semaine, mais du jour au lendemain, ils ont décidé de répartir l’argent aux parents. Certains ont décidé de garder l’argent et d’envoyer leur enfant moins souvent. Ce n’est pas parce que tu as un enfant handicapé que tu deviens plus riche», illustre-t-il.
«Les enfants sont toujours à la base de notre mission, mais on a également beaucoup de demandes pour de jeunes adultes qui, à partir de 21 ans, n’ont plus rien à faire et attendent qu’il fasse noir pour aller se coucher.» –Jean Duchesneau, directeur général de la Société pour les enfants handicapés
Roxanne, une jeune qui fréquentait la résidence Papillon, y allait «moins souvent» à cause d’une réduction de la subvention gouvernementale. «Les répits que ma mère se payait, elle devait les payer seule, alors elle en prend moins, car elle est la seule dans la famille qui s’occupe de moi», raconte-t-elle.
La jeune adulte n’était pas très «stimulée par les activités» à la résidence mais dit qu’elle était «attachée aux personnes». Elle ne souhaite donc pas vraiment aller dans un autre centre. «Pour donner du répit à ma mère, je le ferais, mais elle est un peu réticente, parce que peut-être que les activités m’ennuieraient ailleurs», avoue-t-elle.
Mme Lafrenière-Cotnoir relate que plusieurs parents ont perdu leur seule moyen «de pouvoir relaxer un peu».
Jean Duchesneau rappelle que ce n’est pas «de gaieté de cœur» que la décision de fermer la résidence Papillon a été prise. «Ce n’est jamais facile, mais si chaque service nous fait perdre 200 000 $ par année, le jour n’est pas loin où on va mettre la clé dans la porte», dit-il.
Toutefois, le directeur général est réaliste et ne s’attend pas à ce que de nouveaux revenus tombent du ciel si les services sont centrés sur une population plus âgée. «On a les mêmes défis financiers, mais on finira toujours par trouver de l’argent, croit-il. Notre défi est d’offrir le service à la clientèle qui en a le plus besoin.» Ainsi, la Fondation Papillon a lancé jeudi dernier un sondage pour savoir sur quels services se concentrer et ne pas empiéter sur la mission d’autres organismes. «Avant d’aller demander de l’argent, il nous faut un projet, soutient-il. On va peut-être faire un compromis et avoir des activités de jour pour les adultes et de l’hébergement la fin de semaine.»