Montréal

Les élèves LGBTQ+ demeurent plus vulnérables dans les écoles québécoises

Les élèves LGBTQ+ demeurent plus vulnérables dans les écoles québécoises
Photo: Getty Images/iStockphotosad girl sitting and thinking in the classroom

Insultes, intimidation et rejet : le quotidien des élèves LGBTQ+ dans les écoles primaires et secondaires est toujours préoccupant, selon un sociologue, Michel Dorais.

«La lutte est encore beaucoup trop timide, a insisté le sociologue de la sexualité, qui s’intéresse depuis 40 ans aux questions d’homophobie et de transphobie en milieu scolaire. On pense que les mentalités ont changé, mais ce n’est pas le cas. Les jeunes nous disent encore que c’est terrible ce qu’ils vivent à l’école, les professeurs et les directions ne les défendent pas toujours.»

Lundi, l’organisme GRIS-Montréal, qui intervient dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à ces enjeux, a lancé un guide pédagogique pour des professeurs afin de faire connaître aux élèves la réalité de leurs camarades LGBTQ+.

«Le sujet est encore délicat pour bien des enseignants, soit parce qu’ils ne savent pas comment en parler ou parce qu’ils ont peur de la réaction des parents. Mais on a constaté qu’il y avait peu d’outils pédagogiques pour parler de ces réalités-là», a soutenu Robert Pilon, l’auteur du livre Modèle recherché, qui est à l’origine de l’outil pédagogie proposé par le GRIS-Montréal. Ses écrits permettent de découvrir plusieurs témoignages de la communauté LGBTQ+ et de combattre certains mythes et préjugés liés notamment au coming-out, à l’acceptation de l’autre et à la découverte de son identité sexuelle.

«Ça vient sensibiliser à la différence, a expliqué M. Pilon. Comment tu te sens quand tu fais ton coming-out? Ce que tu ressentais avant? Comment tu attends la réaction de tes amis à l’école? Si tu n’as jamais eu à le faire, tu ne sais pas ce que c’est. C’est comme un exercice d‘empathie. Les élèves vont être plus sensibles à ce que d’autres élèves vivent,il y aura moins d’homophobie et d’intimidation.»

Le sociologue Michel Dorais a rapporté que la question de l’intimidation et du harcèlement des élèves LGBTQ+ a très peu évolué depuis qu’il a entrepris ses recherches sur ce sujet, il y a 40 ans. Il pointe du doigt notamment certains parents réticents à ce que leurs enfants soient sensibilisés à ces questions.

«Ce sujet est très mésestimé, a dit le sociologue. Ii y a même des programmes scolaires de lutte à l’intimidation qui excluent sciemment l’homophobie et la transphobie parce que les directions d’écoles disent que ça va déplaire aux parents. Ça n’a pas de sens»,

M. Dorais a ajouté que l’école n’a pas à faire plaisir aux parents intolérants.

Les conséquences de l’intimidation dont sont victimes les élèves LGBT+ peuvent être très graves, d’après une étude réalisée en 2014 par le sociologue. En interrogeant 239 jeunes de cette communauté, Michel Dorais est arrivé à la conclusion que ces élèves ont deux à trois fois plus de chance d’avoir des idées suicidaires que leurs camarades hétérosexuels.

La directrice de l’organisme GRIS-Montréal, Marie Houzeau, a elle aussi constaté la grande détresse de ces étudiants.

«Les études disent que les jeunes au secondaire entendent des insultes homophobes 35 fois par jour. Ces mots font partie de leurs habitudes. Il faut lutter contre la banalisation de ces violences», a-t-elle plaidé. Pour elle, le guide pédagogique est «un outil de plus», pour les enseignants, qui souhaitent en parler et qui n’ont justement pas toujours les bons outils.

Lors du lancement du guide pédagogique, trois jeunes étudiantes ont été récompensées pour la conception d’un petit livre illustré sur le quotidien d’une élève transgenre. Face au public, réuni à l’école alternative Rose-Des-Vents, dans Rosemont, elles ont livré un vibrant témoignage sur le besoin que ressentent les élèves à mieux connaître les enjeux LGBTQ+. «On entend parler de plus en plus du sujet LGBT dans la cour d’école. On ne comprenait pas tout ce que les gens disaient et on ne sait pas toujours si c’est vrai», ont-elles témoigné, pour rappeler la nécessité d’enseigner davantage ces sujets dans les écoles .

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