Montréal
05:25 28 septembre 2018 | mise à jour le: 28 septembre 2018 à 05:25 temps de lecture: 5 minutes

Moins d’une recharge par jour sur les bornes de la Ville de Montréal

Moins d’une recharge par jour sur les bornes de la Ville de Montréal
Photo: Martin Ouellet-Diotte/Métro

La popularité des bornes de recharge de véhicules électriques installées par la Ville de Montréal est plutôt mitigée. Selon des données d’utilisation analysées par Métro, chaque prise a été utilisée en moyenne 0,75 fois par jour cet été.

Certaines bornes, dont la vaste majorité ont deux prises de branchement, ont été utilisées aussi peu que 6 fois du 1er juin à la fin août, et la majorité des 464 prises du réseau municipal sont utilisées moins d’une fois par jour.

«Ce n’est pas surprenant, juge le porte-parole de l’électrification des transports chez Hydro-Québec, Louis-Olivier Batty. Lorsqu’on a une voiture électrique, c’est notre maison qui devient notre station de recharge. Plus de 90% des recharges se font à la maison. Le réseau public est là pour les besoins d’appoint. On ne peut pas les voir comme des station-services.»

Voyez l’utilisation de chaque borne sur notre carte interactive. En plus grand ici.

Actuellement, il y a environ 30 000 véhicules électriques. «Ce nombre double chaque année. Donc, rapidement, le réseau sera de plus en plus sollicité», croit M. Batty.

Le responsable des transports au comité exécutif, Éric Alan Caldwell, se réjouit pour sa part du nombre grandissant de recharges sur le réseau de la ville, qui est passé de 35 000 en 2017 à 74 000 depuis le début de 2018. «C’est une progression assez fulgurante», dit-il.

Les bornes sur rue et dans des stationnements publics municipaux sont davantage employées dans les quartiers centraux. Ville-Marie et le Plateau–Mont-Royal se démarquent par leur utilisation bien au-dessus de la moyenne, avec respectivement 1,7 et 1,25 utilisations par prise par jour.

Le conseiller stratégique en transport chez Coop Carbone, Vincent Dussault, explique que les bornes des quartiers centraux sont «presque toujours occupées» et que «la tarification est quand même avantageuse au centre-ville». «J’ai eu certains témoignages d’automobilistes qui utilisaient les bornes, même s’ils n’en avaient pas besoin, parce que c’était simplement bien situé et avantageux financièrement», relate-t-il.

«Je ne pense pas que les gens les prennent comme stationnement à moindre coût, car ils doivent payer le parcomètre et 1$ de l’heure pour la recharge, rétorque M. Batty. L’utilisation forte dans les quartiers centraux est dû au fait que les gens n’ont pas accès à une place extérieure ou intérieure où ils peuvent avoir leur propre borne. Dans l’Est et l’Ouest de la ville, les gens ont leur propre entrée.»

C’est d’ailleurs pour cette raison que la Ville de Montréal justifie son choix d’installer un total de 1000 prises d’ici 2020. «C’est important d’avoir un déploiement sur l’ensemble du territoire pour bien comprendre l’utilisation, souligne Éric Alan Caldwell. On regarde les données de très près. C’est un domaine où il ne faut pas avoir de lignes directrices rigides. Il faut être souple, voir l’évolution des habitudes et de l’industrie.»

Le conseiller de Snowdon, Marvin Rotrand, qui a demandé à la Ville ces données d’utilisation, croit qu«il faut avoir une stratégie plus intelligente avant d’aller à 1000 bornes». «Il y en a qui sont bien utilisées, et d’autres, pas du tout. Celles qui n’ont presque aucune utilisation par mois ne sont clairement pas à la bonne place», plaide-t-il. L’installation d’une borne coûte environ 5000 $.

M. Rotrand ajoute que la nouvelle agence de mobilité durable devrait se charger de la stratégie. «Ça fait clairement partie des rôles que l’agence peut assumer», soutient Éric Alan Caldwell.

Les 464 prises de la ville de Montréal sont des recharges de 240 volts, qui permettent de faire une recharge de 40 km d’autonomie en une à trois heures. «Au Québec, nos 125 bornes rapides à 400 volts représentent le tiers des recharges. Le besoin pour de la recharge rapide, il est là», souligne Louis-Olivier Batty. Ces appareils offrent un charge de 40 km en environ 15 minutes.

Même son de cloche du côté de Vincent Dussault, qui pense qu’il «faudra plus miser sur les bornes de recharge rapide» pour développer le réseau dans l’avenir.

«Ça fait partie de notre stratégie, les bornes de recharges rapide. On est à conclure des ententes avec Hydro-Québec», indique M. Caldwell, sans toutefois préciser quel part des 400 bornes à installer en 2019 et 2020 seront de ce type.

M. Rotrand croit que Montréal devrait plutôt prendre exemple sur Vancouver. «Ils ont légiféré pour que toute nouvelle construction doit avoir une station recharge et ils donnent des stationnement préférentiels aux véhicules 100% électriques sur certaines rues», rapporte-t-il.

Les arrondissements où les prises sont le plus utilisées

Ville-Marie : 1,7 utilisations par prise par jour
Plateau Mont-Royal : 1,25
Rosemont–La Petite-Patrie : 0,94
Saint-Léonard : 0,92