Montréal
20:00 1 novembre 2018 | mise à jour le: 1 novembre 2018 à 20:00 Temps de lecture: 5 minutes

Entre espoir et amertume, le complexe Le Bourbon ressort de terre

Entre espoir et amertume, le complexe Le Bourbon ressort de terre
Photo: Pablo Ortiz/Métro

Les travaux de reconstruction du complexe Le Bourbon, un projet contesté dans le Village gai, ont débuté jeudi par une première pelletée de terre symbolique. D’abord critiqué par les citoyens et les organismes du quartier, le promoteur s’est voulu rassurant, mais sans toutefois balayer tous les doutes.

C’est un bâtiment de 9 étages, qui abritera une centaine de condos, qui devrait sortir de terre au cours des 18 prochains mois. Si actuellement 20% des unités de logement ont été vendues, le promoteur, Labid Aljundi, se veut confiant : elles le seront toute en 2020 à la fin des travaux, a-t-il affirmé.

Il reste cependant un aspect du projet à régler, qui est censé garantir l’acceptabilité sociale du nouveau complexe Le Bourbon : le deuxième étage, qui doit être dédié à des organismes communautaires. Actuellement, et malgré les promesses de M. Aljundi, rien n’est encore décidé, et aucun organisme n’est pressenti pour emménager.

«Nous ne sommes pas encore à une discussion au niveau financier, mais on est prêt à donner une subvention pour tous les organismes communautaires qui vont venir. On travaille sur plusieurs formules, pas seulement sur des aides à la location. On veut voir par exemple si on peut amener un partenaire financier. On cherche des solutions et la réponse n’est pas triviale. On travaille activement à y répondre», a expliqué le promoteur à Métro.

Plusieurs rencontres ont été organisées entre le promoteur, la Ville et des organismes LGBTQ+ du quartier. Jeudi, plusieurs organismes en faveur du Bourbon étaient présents à la première pelletée de terre, comme la société de développement commercial de Sainte Catherine Interligne, ou la Chambre de Commerce LGBT, entre autres.

Au début du projet, le deuxième étage devait être loué à un prix en-dessous de sa valeur marchande, mais aucun organisme n’avait accepté l’offre. Le promoteur s’était engagé à garantir ce prix pendant trois ans seulement, après lesquels, les prix seraient réajustés.

Christian Tanguay, du centre communautaire LGBT, ainsi que Pascal Vaillancourt, de l’organisme Interligne, n’ont tous deux pas été en mesure d’accepter cette proposition initiale. «Les prix au départ n’étaient pas accessibles pour nous», a signalé M. Vaillancourt, qui aujourd’hui, semble satisfait de la «volonté» du promoteur de trouver une solution.

Christian Tanguay en revanche, ne croit pas à la bonne volonté affichée du promoteur.

«Je reste très dubitatif sur tout le processus : le fait que c’était censé être du locatif, la demande de dérogation et le retour réel à la communauté. À vrai dire, il n’y a peu ou presque pas de retour à la communauté», s’est-il désolé. Pour lui, le mal est fait et le problème reste le même : «le prix».

Pour le conseiller du district de Saint-Jacques et responsable du développement économique et commercial au comité exécutif de Montréal, Robert Beaudry, le projet a été mal mené par  l’administration précédente. «J’ai un sentiment mitigé. C’est sûr qu’on aurait aimé que le projet soit mené autrement. Mais le projet est là. Nous, ce qu’on dit, c’est qu’on essaie quand mêmede  travailler avec le promoteur pour assurer une bonne intégration», a-t-il affirmé, en entrevue à Métro.

Pour lui, l’administration de Denis Coderre a signé un chèque en blanc au promoteur, l’autorisant à déroger au plan d’urbanisme sans contrepartie assurée. «On a un processus qui n’a pas été un succès. Mais si on respecte le plus possible cette entente de départ, on pourrait au moins se dire qu’on a sauvé les meubles», a ajouté M Beaudry.

Un projet métamorphosé

«Il y a une certaine notion d’abordabilité qui est visée. Sans dire que c’est du logement abordable, ce seront des loyers marchands, mais le locatif permet l’accessibilité à du logement de qualité à un prix moindre que de la copropriété. Pour nous, cet aspect est important», avait affirmé à Métro un des gestionnaires du complexe Bourbon, en décembre 2016.

Deux ans plus tard, le projet n’a plus le même visage.

Censé recevoir des logements locatifs, le promoteur a finalement opté pour des unités de condos. Alors qu’un toit vert était pressenti au départ, c’est finalement une piscine qui sera construite sur le toit.

Pour le porte-parole de la coalition d’organismes et de citoyens opposés au Bourbon, Cyrille Giraud, ce bâtiment symbolise la mauvaise volonté des élus et du promoteur à mener un projet acceptable et respectueux du quartier.

«Le promoteur est vraiment passé outre tout ce qui avait été dit par la population locale, les citoyens et les organismes, qui voulaient défendre la trame architecturale, la hauteur, l’aspect communautaire et la mixité sociale du quartier», a-t-il lancé.

Cet été, une publicité proposant aux futurs acheteurs de louer leur condo sur Airbnb avait créé l’indignation dans le quartier. Qualifiée «d’erreur» et réalisée par un prestataire externe, cette publicité a été retirée quelques jours plus tard. M. Aljundi l’a affirmé, le règlement de copropriété interdira l’usage d’Airbnb , tel que l’oblige le règlement de l’arrondissement.

Pour Robert Beaury, ce dossier pourra servir de leçon à la Ville. «Il faut avoir toutes ces considérations en début de projet. Quand un promoteur vient avec un projet, il faut le regarder, s’assurer qu’on ait des ententes signées, notariées, des engagements clairs. Une dérogation, ce n’est pas n’importe quoi. Il faut demander au promoteur un engagement clair», a clamé l’élu.

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