Pas de tuyaux sans récompense
Malgré ses efforts, l’entreprise Ipex n’a jamais convaincu la Ville de Montréal de lui acheter ses tuyaux en PVC. L’entreprise n’a jamais eu droit à des explications, mais depuis 2006, elle a sa petite idée.
Le nouveau témoin entendu à la Commission Charbonneau est Michel Cadotte, directeur des ventes chez Ipex, une entreprise de Ville Saint-Laurent qui fabrique des tuyaux en PVC.
M. Cadotte juge son produit, qui s’est vendu dans presque toutes les municipalités au Québec, moins cher et plus résistant que les tuyaux en fonte utilisés à Montréal. Et pourtant, la Ville ne s’y intéressait pas.
Tout change en 2006, lorsque par l’entremise de Paolo Catania, une vieille connaissance, il rencontre Nic Milioto de Mivela Construction. L’homme connu comme étant M. Trottoir était l’intermédiaire entre les entrepreneurs et la mafia.
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M. Milioto se montre intéressé à son produit, des tuyaux appelés TerraBrute, et dans les jours qui suivent, il apprend à M. Cadotte que la Ville les utilisera désormais. «C’est l’entrepreneur qui décide des tuyaux que la Ville installera?», s’est étonné le commissaire Renaud Lachance, jeudi. «Oui», a confirmé le témoin sans hésiter.
L’entreprise s’est alors procurée pour 600 000 à 800 000$ de tuyaux. M. Milioto a toutefois rapidement convoqué à nouveau M. Cadotte pour lui demander 150 000$ en argent comptant afin de «récompenser» trois personnes à la Ville de Montréal. M. Cadotte n’a pas su qui était ces personnes.
L’entreprise a refusé de payer. «Ce n’était pas notre façon de travailler.» M. Cadotte n’a pas eu à se faire expliquer la suite. Il avait compris. «Pour nous autres, c’était fini»
Gilles Surprenant avait déjà abordé cet épisode le 24 octobre. Il avait indiqué que pour des chantiers cette année-là, une directive avait été émise par le directeur de la réalisation des Travaux à la Ville de Montréal, Robert Marcil, afin que des tuyaux TerraBrute soient utilisés. La directive de ne plus utiliser ces tuyaux est venue à nouveau de M. Marcil.
Encore aujourd’hui, Ipex n’arrive pas à vendre de tuyaux à la Ville de Montréal. «On a l’impression qu’on n’avance pas[…], mais je n’arrêterais pas.»
Son témoignage se poursuit lundi.