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Les effets de la gentrification seraient «dévastateurs» dans le Sud-Ouest

Les effets de la gentrification seraient «dévastateurs» dans le Sud-Ouest
Photo: (Photo: Voix Pop - Justine Gravel)

Appuyés d’une étude présentant les effets «dévastateurs» de la construction massive de condos et d’appartements de luxe sur les locataires à faible revenu dans le Sud-Ouest, les organismes communautaires œuvrant pour le droit au logement somment les trois paliers gouvernementaux d’investir pour améliorer la situation. Actuellement, plus de 3500 ménages consacrent 50% de leurs revenus annuels au paiement de leur loyer, mettant ainsi en péril leurs autres besoins vitaux.

«La tendance que l’on observe d’emblée, c’est l’augmentation effarante des loyers médians dans tous les quartiers du Sud-Ouest entre 2011 et 2016», souligne Céline Magotier, la responsable des dossiers montréalais du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Alors qu’on observe un bon de 12,4% du prix des loyers médians à Montréal, on constate une hausse plus marquée dans les secteurs de Ville-Émard (13,7%), Pointe-Saint-Charles (15,9%) et Saint-Henri (19,8%).

Cette augmentation est entre autres liée à l’apparition rapide de condos, particulièrement à Griffintown et le long du canal de Lachine, selon les données locales du Dossier noir sur le logement et la pauvreté publiées par le FRAPRU, lundi. Celui-ci se base sur l’Enquête nationale auprès des ménages menée par Statistique Canada en 2016.

«Il y a urgence, lance Mme Magotier. Les ménages et les gouvernements devraient ressentir le couperet qu’ils ont sous la gorge.»

Selon le document, il faudrait au minimum 1 170 logements sociaux supplémentaires seulement pour répondre aux besoins des ménages en attente d’un HLM dans l’arrondissement.

Situations différentes
Les six quartiers de l’arrondissement vivent chacun les impacts de la gentrification à leur façon. Alors qu’il faut payer une généreuse somme pour se loger à Griffintown, le loyer médian étant de 1347$, il faut débourser la moitié pour se loger dans la Petite-Bourgogne. Toutefois, la majorité des logements sociaux s’y trouvant sont insalubres. ¸

Du côté de Saint-Henri, on observe de plus en plus de tactiques de spéculation immobilière. «En ce moment, c’est une soixantaine de ménages, dont plusieurs à faible revenu, qui se font évincer de leur logement par des promoteurs à la recherche de profit. Ils quittent parfois en échange de dédommagement aussi bas que 400$», souligne Sandrine Belley, organisatrice communautaire au POPIR – Comité Logement.

Les locataires d’un immeuble de la rue Saint-Augustin témoignent d’ailleurs des pratiques intimidatrices exercées par leur nouveau propriétaire, le promoteur Hillpark Résidentiel, pour qu’ils quittent les lieux afin de rénover.

«On reçoit des coups de téléphone de harcèlement pour nous dire qu’ils vont augmenter notre loyer de 1000$ par mois après avoir rénové. Ils ne peuvent même pas le faire, ils disent seulement ça pour nous faire peur. C’est insultant et irrespectueux», souligne Ginette Charbonneau, qui réside dans l’immeuble depuis 13 ans, et qui, selon elle, est bien entretenu et ne nécessite aucune rénovation.

Logements sociaux
Évincer les personnes à faible revenu au profit de ménages plus aisés est également une pratique courante dans le quartier voisin selon Hassan El Asri, du Regroupement Information Logement (RIL) de Pointe-Saint-Charles. «L’explosion des prix immobiliers, la prolifération de condos et en parallèle la diminution de logements sociaux et abordables provoquent un déplacement de la population traditionnelle», dénonce-t-il.

Si ce genre de stratagème est moins commun dans les quartiers de Ville-Émard et Côte-Saint-Paul, un problème persiste: aucun logement social n’a été construit depuis les années 2000.

«Les terrains sont plus petits, donc il faut faire des plus petits projets, mais les budgets dans le programme Accès-Logis ne permettent pas de les rentabiliser. Il faut donc investir davantage», renchérit Mme Belley.

Selon les groupes communautaires et le FRAPRU, ces nouvelles données auront de quoi nourrir la réflexion des élus locaux afin qu’ils fassent pression sur Québec et Ottawa pour un investissement massif dans la construction de logements sociaux. Près de 4000 sont nécessaires pour répondre aux besoins actuels dans le Sud-Ouest.

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