Les changements climatiques à Montréal, qu’ossa donne?
Sans être aussi spectaculaires qu’au Groenland, les changements climatiques affectent quand même Montréal de diverses façons. Pour le meilleur et pour le pire.
Attention aux canicules
La dernière décennie a été la plus chaude sur tous les continents du globe. À Montréal, la température moyenne a été de 7,22 oC de 2001 à 2010. En comparaison, lors des années 1970, la moyenne des températures a été de 5,7 oC.
Les frileux ne s’en plaindront pas, mais ces changements vont aussi de pair avec une hausse du nombre de canicules, qui peuvent être meurtrières pour les personnes âgées et les bébés. Selon les données d’Environnement Canada, il y a eu, de 2001 à 2010, 13 épisodes de canicule totalisant 55 journées. En comparaison, des années 1950 aux années 1980, il y a eu 8 épisodes de canicule par décennie, pour un total de 39 journées.
Si ces épisodes de canicule n’ont pas été aussi meurtriers qu’ailleurs, ils font néanmoins des victimes. À titre d’exemple, lors de la canicule de juillet 2010, une étude commandée par la Direction de la santé publique avait recensé 106 décès probablement liés à la vague de chaleur.
Patinoires inondées
Avec les températures plus chaudes, les hivers sont plus courts et davantage pluvieux. Si avoir de la pluie en janvier ou février n’est pas une spécialité des temps modernes, il pleut néanmoins plus l’hiver. Entre 2001 et 2010 à Montréal, il est ainsi tombé en moyenne 43 mm de pluie par année en janvier et février. C’est 10 % de plus que dans les années 1970.
Pour les adeptes des sports d’hiver, ce n’est pas une bonne nouvelle. Pour ouvrir les patinoires, il faut en effet un fond de neige d’au moins 5 cm et trois jours sous zéro. À cause du temps doux, la magnifique patinoire du parc La Fontaine est ainsi restée fermée 56 % du temps l’hiver dernier. Les deux années précédentes, elle est toutefois restée ouverte jusqu’à la mi-mars.
Le temps doux n’a pas eu que des conséquences sur les patineurs montréalais. Il a aussi eu un effet direct sur l’espace de restauration du parc La Fontaine qui avait rouvert en grande pompe six mois plus tôt. Les patineurs absents, le chiffre d’affaires ne fut pas au rendez-vous. De même, les promoteurs ont eu quelques difficultés à livrer à temps le nouvel Hôtel de glace. Quant à la Ville, elle dépense environ 30 000 $ par an depuis 2005 pour enneiger artificiellement et damer les pentes du lac aux Castors.
Débordements coûteux
Au cours de la dernière décennie, le nombre d’épisodes de pluies torrentielles s’est accru. «Ce genre d’événements, qui arrivaient tous les 50 ans, ont désormais une fréquence de 6 ou 7 ans», indique Julie Bellemare, porte-parole du Bureau d’assurance du Canada BAC. Cela a pour conséquence de multiplier les débordements spectaculaires, qui alimentent les discussions sur YouTube et renforcent l’idée que Montréal fuit.
Chaque année, le Bureau des réclamations de la Ville de Montréal reçoit 1 700 réclamations liées aux dégâts causés par des refoulements d’égouts. Même si la Ville sort rarement son chéquier (0,03 % des cas), elle a quand même payé 3,2 M$ ces cinq dernières années pour dédommager des citoyens ou des entreprises victimes de refoulements d’égouts.
Selon le BAC, ce type d’inondation cause chaque année environ 300 M$ de dégâts au Québec. L’association pense même que, dans certains secteurs problématiques, la couverture ne sera plus disponible. «Si les dommages deviennent récurrents, il pourrait y avoir des problèmes de disponibilité d’assurance, car une assurance est applicable pour un problème soudain et accidentel», indique Mme Bellemare.
Nouvelles espèces
En juillet dernier, les fans de papillons étaient contents : le grand porte-queue (le plus grand papillon diurne en Amérique du Nord) a déposé ses valises à Montréal. «Sa présence dans nos régions est directement liée aux changements climatiques», avait déclaré Maxim Larrivée, entomologiste à l’Insectarium de Montréal.
Avec le réchauffement, la zone de répartition de ce papillon progresse vers le nord à un rythme de 400 km par décennie, alors que la moyenne chez les papillons est de 16 km par décennie.
Plusieurs autres espèces d’animaux ont fait leur apparition récemment dans la métropole pour les mêmes raisons. Il s’agit notamment du dindon sauvage, de l’urubu à tête rouge et d’une dizaine d’autres espèces qui se cantonnaient au nord des États-Unis il y a encore 40 ans.
«Du côté des végétaux, la migration se fait moins rapidement que les changements climatiques, car le pollen migre moins rapidement», explique Michel Labrecque, chef de division Recherche et développement au Jardin botanique. Néanmoins, on commence à voir dans la région des espèces de végétaux qu’on voyait surtout au nord des États-Unis, comme le platane ou certains types de tulipiers et de magnolia. «Comme plusieurs autres institutions dans le monde, le Jardin botanique se demande s’il ne devrait pas ajouter quelques végétaux à sa collection pour refléter ces changements», indique M. Labrecque.