Montréal
03:00 13 mars 2019 | mise à jour le: 12 mars 2019 à 16:26 temps de lecture: 4 minutes

Un manque criant de familles pour les enfants à besoins spéciaux

Un manque criant de familles pour les enfants à besoins spéciaux
Photo: Josie Desmarais/Métro

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) recherche activement des familles pour accueillir des enfants ayant des besoins particuliers, dont le jumelage tarde.

«Lorsqu’on présente ces enfants avec des caractéristiques plus sévères, les gens peuvent être frileux, souligne la chef de service adoption à la DPJ du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Lise Cadieux. Des familles « banque mixte », on en a beaucoup, mais des gens prêts à investir dans un enfant avec ces caractéristiques, on en a besoin davantage.»

Les parents de ces enfants doivent recevoir plusieurs services pour que leur progéniture revienne sous leur toit. Parfois, non par manque de volonté, il arrive que ce but ne soit pas atteignable.

Le programme «banque mixte» s’adresse aux petits pour lesquels un pronostic d’abandon est identifié au moment du placement. Parmi eux, il y a des enfants ayant hérité du bagage génétique de leur parent (déficience intellectuelle acquise, bipolarité, schizophrénie), des petits présentant un retard de développement ou de langage important, des jeunes plus âgés qui présentent un trouble d’attachement, ainsi que ceux qui ont été sous stimulés, négligés ou mal traités.

«Les blessures sont souvent invisibles. Ils ont été laissés à eux-mêmes, ils n’ont pas été nourris au bon moment, ils ont été témoins de violence. On a de la misère à les jumeler à cause de leur vécu, car ils ont développé un trouble d’attachement», raconte la chef de service.

Elle explique que plus le temps avance, plus les problématiques peuvent devenir importantes, d’où la nécessité de leur trouver une famille en bas âge, car il sera plus facile de maintenir une stabilité dans leur vie.

Qualités particulières
Pour prendre soin adéquatement de ces enfants, les familles doivent avoir un minimum de connaissances. Or, le service d’adoption ne cherche pas des experts, mais plutôt des gens démontrant un certain «intérêt face à l’humanité».

«Par exemple, certains ont un proche qui est bipolaire. Donc, ils savent dans quoi ils s’embarquent. Ils savent qu’ils vont avoir de l’aide et de l’accompagnement du service d’adoption, mais ils doivent aussi être ouverts à aller chercher du soutien», décrit Mme Cadieux.

Compte tenu des enjeux d’attachement importants, les personnes intéressées doivent aussi être disponibles pour au moins une année à la maison, avoir du temps à donner, et se montrer patientes et sensibles.

Une fois le jumelage accepté et les familles évaluées, la DPJ s’assure que celles-ci comprennent ce à quoi ils s’engagent. Les candidats ne doivent pas oublier que cette aventure peut s’avérer exigeante. Lise Cadieux rappelle l’importance de déterminer leurs limites. Elle soutient qu’ils ne sont qu’une minorité à reculer.

«Ils ont le temps de penser qu’ils sont prêts à faire face à telle ou telle situation, mais quand arrive la journée, ça peut être autre chose. Mais c’est rare que ça arrive», relate-t-elle.

Le syndrome de l’imposteur peut frapper les familles, qui se sentent coupables d’arracher l’enfant à sa famille d’origine, même si ce n’est pas le cas.

«C’est la DPJ qui est allée chercher [l’enfant] parce qu’il vivait dans un environnement pouvant porter préjudice», précise-t-elle.

Au contraire, plusieurs parents biologiques se disent apaisés. «Durant les visites, ils remarquent les changements positifs chez leur enfant. Ils sont enchantés de voir comment les parents adoptifs en prennent soin», mentionne Mme Cadieux.

Attente
Avant de trouver une nouvelle famille, ces jeunes peuvent facilement attendre plusieurs mois, pendant lesquels ils sont placés dans une famille d’accueil régulière. Celle-ci ne deviendra pas jamais la famille adoptive.

Après trois mois, si la probabilité que l’enfant retourne dans sa famille biologique demeure faible, un comité aviseur établira quel est le meilleur milieu de vie pour lui, que ce soit rester dans une famille d’accueil, être envoyé dans une ressource spécialisée ou aller dans une famille adoptive.

«Ce serait triste qu’il reste un enfant de la DPJ jusqu’à ses 18 ans», rapporte Mme Cadieux.

Ce manque de permanence peut exposer l’enfant à des déplacements pouvant avoir un impact réel et augmenter les problèmes d’attachement.

«La famille d’adoption permet une permanence, une continuité des soins et une stabilité des liens. C’est ce qu’on recherche pour l’enfant», insiste-t-elle.

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Commentaires 1

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  • Chantal Thémens

    Étant f.a. depuis 13 ans, étant f.a. de transition pour petits 0/2ans, mon expérience me permet de dire que les enfants sont maintenus trop longtemps en f.a. avant qu’une décision soit prise pour leur projet de vie. Multiple chances sont données aux parents (souvent la mère) afin qu’elle puisse répurer son enfant malgré la maladie mentale, malgré la récurence de son trouble de dépendance et rechute, malgré le placement des autres enfants (ainés).
    Je me demande à quoi sert la loi 125?
    Le maintien des visites supervisées malgré le projet de vie en f.a. nuit beaucoup au lien d’attachement entre l’enfant et sa nouvelle famille.
    Les besoins de l’enfant sont rarement écoutés et entendus.