Montréal
03:30 2 avril 2019 | mise à jour le: 2 avril 2019 à 12:43 temps de lecture: 6 minutes

Le projet de loi sur la laïcité n’est «pas du tout raciste», martèle Jolin-Barrette

Le projet de loi sur la laïcité n’est «pas du tout raciste», martèle Jolin-Barrette
Photo: Josie Desmarais/MétroLe ministre Simon Jolin-Barrette

Le projet de loi sur la laïcité de l’État peut certes être amélioré d’ici à son adoption, mais «il n’est pas du tout raciste», martèle le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, en entrevue à Métro. Déplorant ces fausses étiquettes, il a défendu hier un plan «pondéré, modéré et équilibré», plus clair et applicable que ce qu’avaient tenté de faire les libéraux par le passé.

Son nom est partout depuis qu’il a confirmé jeudi la volonté de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’interdire les signes religieux à tout employé du gouvernement «en situation d’autorité», incluant enseignants, juges, gardiens de prison et policiers.

Le ministre Simon Jolin-Barrette refuse de faire des exceptions, écartant l’idée d’une «clause Montréal». Il convie malgré tout l’administration Plante «à faire valoir ses préoccupations en commission parlementaire» dans les prochaines semaines, se disant ouvert à «voir si certains éléments pourraient être ajoutés» au projet de loi. Critiquée par certains, soutenue par d’autres, l’interdiction des signes religieux, «c’est toutefois non-négociable», tranche le ministre.

Ce dernier croit que le débat sur les signes religieux a assez duré, d’où la nécessité de passer à autre chose. Plus de 50 ans après une Révolution tranquille qui a «confirmé la volonté des Québécois de séparer l’État des religions», le député de Borduas estime que la province est mûre pour inscrire la laïcité «dans ses lois».

S’il est adopté – d’ici la fin des travaux à l’Assemblée nationale, fin juin, espère l’élu – le projet de loi fera office de première au Canada en définissant le caractère laïque des institutions publiques de toute une province.

Soutenue par une majorité statistique, l’idée de votre gouvernement demeure controversée, qualifiée de «dangereuse» ou de «raciste» par certains. Que pensez-vous de cette interprétation?
Notre projet de loi n’est pas du tout raciste. Au contraire, il est équilibré, entre droits collectifs et droits individuels. Il faut voir qu’au Québec, il y a déjà eu ce processus de sécularisation de la société, de déconfessionnalisation, de laïcisation, donc on est rendus à inscrire dans nos lois que l’État et les religions, c’est séparé. Ce qu’on veut, c’est l’égalité de tous les citoyens devant la loi, la neutralité religieuse et le traitement des religions sur un même pied d’égalité. Il n’est aucunement question de racisme, mais bien de tourner la page sur 10 ans de débat en disant que oui, la laïcité, c’est l’une de nos valeurs.

«La laïcité, c’est aussi important que l’égalité entre les femmes et les hommes, les valeurs démocratiques, le bien-être général des citoyens. Ça fait partie de la société québécoise.» – Simon Jolin-Barrette

Est-ce que la polarisation des idées sur les signes religieux et le ton parfois agressif dans ce débat vous inquiètent?
C’est vrai que c’est un débat émotif, et ce depuis le rapport Bouchard-Taylor. On ne peut pas se le cacher : souvent, la température monte rapidement. C’est pour ça qu’on a besoin d’un discours calme, serein. On l’a vu : la mairesse de Montréal [Valérie Plante] a reçu des insultes après s’être exprimée sur le sujet. C’est inacceptable. […] Moi aussi, j’ai reçu toutes sortes de messages; des positifs, des négatifs. Ça fait partie de la charge de ministre, mais je pense qu’on devrait être capable de recevoir des opinions contraires dans le respect. Tous les acteurs de la société autant politique que civile ont une responsabilité là-dedans. La première chose à faire, c’est d’expliquer le contenu de notre projet.

La position à Ottawa, à l’exception du Bloc québécois, est assez ferme contre votre projet de loi. Craignez-vous que ça puisse créer des tensions avec le fédéral?
Je ne pense pas que ça puisse être le cas. Le fait de décider comment on vit au Québec, dans nos rapports avec la religion, ça appartient à l’Assemblée nationale. C’est pour ça qu’on utilise la clause dérogatoire, puisqu’il revient au Parlement [du Québec] de décider, et non pas aux tribunaux. Lorsqu’il dit que le Canada est un État laïc, [le premier ministre Justin Trudeau se trompe] : ce n’est pas inscrit tel quel dans les lois fédérales. Ce le sera, par contre, dans la loi québécoise. Au final, le fédéral peut bien avoir ses opinions, mais moi je dis que c’est au Québec que ça se décide.

Plusieurs juristes remettent en question la légitimité d’une interdiction des signes religieux à un juge. Quelles sont vos intentions à l’égard des magistrats?
Ce n’est pas au gouvernement de dire comment exprimer cette laïcité aux juges provinciaux. Ce qu’on a fait, c’est de donner un cadre. On met un bras de distance avec le Conseil de la magistrature du Québec (CMQ). C’est à eux de déterminer leurs règles en conséquence. On dit juste qu’ils doivent se doter de règles, mais qu’ils ne sont pas désincarnés de l’État. C’est une branche du pouvoir, c’est normal qu’ils soient assujettis au concept de laïcité. Et pour les employés de la fonction publique, ce n’est pas tout le monde qui est visé.

«Il y a des gouvernements qui ont été beaucoup trop loin, il y a des gouvernements qui n’ont rien fait du tout. Ici, le projet de loi, il est applicable.» – Simon Jolin-Barrette

Quand on vous reproche, à l’Assemblée nationale ou ailleurs, de favoriser un recul des droits des minorités, que répondez-vous?
Que c’est le jeu des oppositions de critiquer. Cela étant dit, je souhaite que leur ton soit constructif, parce qu’honnêtement, c’est ce que la population veut. Le Parti libéral entame une réflexion sur la laïcité, je pense qu’il devrait la poursuivre.

Sinon, il y a plusieurs pays européens qui ont déjà légiféré et qui vont plus loin que nous, dont la France, la Belgique, la Suisse. Le choix de la laïcité [d’un État] appartient à sa société. Il n’y a pas de laïcité universelle; chacun a un modèle qui lui appartient, en fonction de son histoire. Ici, on va avoir notre propre modèle. Et s’il y a des groupes internationaux qui critiquent nos choix, ça leur appartient, mais ça va se voter au Québec.

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Commentaires 7

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  • André Boivin

    Alors s il croit vraiment se qu il dit c est un imbécile ! cette loi n attaque que les femmes musulmanes ! et ceux qui croient le contraire sont soit des imbéciles où des islamophobes !

    • Mylène Nobert-Nadeau

      On ne juge pas une loi sur l’idée que l’on se fait des motivations qui ont entouré leur élaboration mais sur des faits vérifiables. Or, la loi que vous pourfendez ne vise pas un sexe ou une religion en particulier. Un fonctionnaire de sexe masculin en position d’autorité n’aura pas davantage le droit de faire son travail avec une kippa sur la tête que sa collègue musulmane avec un hijab.

    • Ren

      @André Boivin

      La loi sur la laïcité vise tous les signes religieux, pas juste le voile islamique.

      À force de crier au loup sans qu’il y ait de loup, ceux qui crient au racisme et à l’islamophobie ne se feront pas prendre au sérieux. Crier au feu sans qu’il y ait de feu et plus personne ne croira.

      • alain

        c une lois raciste , misogyne qui a pour bur d exclure certaines ethnies de la population quebecoise et qui dit le contraire , soit il comprends mal soit il fait l aveugle

      • Jphaneuf

        Tout à fait d accord !!!!
        Y a rien de raciste …Y en a qui aime faire croire que c est cela Mais.pourquoi ?????????????
        Juste pour jouer à la victime !!!!!
        Bravo à Mr François Legault
        Tan qu a la mairesse de montreal Valérie Plante
        Elle serait mieux de s occuper de sa ville ..même pas capable de gérer les rues et trottoirs …des gens handicapés cette hiver on été enfermer chez eux 3 semaines… donc si elle gère ses choses et laisse Mr Legault gérer les siennes!!

      • andre boivin

        non mais tu me prend pour un imbecile ! continue a t enfermer dans ton sous sol en parlant de loup j ai vu des sauvages a Matagamie et aussi au bas st laurent mais toi tu fais parti d une autre meute ,et maintenant je vois des dromaderes et des anes en pays musulman ! alors quand je vois une chose qui rampe c est un serpent ! comme tu dis toi meme tu es fiers d etre islamophobe pas difficile quand la seule place ou tu es aller oldorchard beach ! salam alikoumm et cette loi ne vise que les femmes musulmanes bienvenue en cour supteme du CANADA

  • Denis Beaulé

    Oui, c’est ça, à cause de ça, 2019, année de fierté? Si oui, pas une fierté gaie. Triste. À mort.

    Début d’année, mort plus qu’atroce, à la porte de sa résidence… sécurité, d’une nonagénaire.

    Mi-printemps, mort d’une fillette. Martyrisée.

    Fin printemps, adoption de cette loi, justement, privant*, immédiatement voire rétroactivement s.v.p., davantage d’enfants* encore, là où il en manque déjà le plus et où on en a le plus urgemment besoin de plus (pas de moins), de davantage d’enseignantes encore.

    Entre-temps, 1) adoption de loi 1, aussi bête que possible, ignorant complètement qu’il arrive qu’une députation de parti au pouvoir compte parfois à elle seule bien au-delà de 66,6% d’élu.e.s; 2) Militance interne de marraine de loi précédente pour que cette loi 21* évince d’enseignement toute enseignante, même si déjà là depuis des décennies, si porteuse de « signe »; 3) Suggestion par même ‘éminente’ ministre d’envoi de police à l’école pour en retirer éventuelle porteuse de « signe » récalcitrante…

    Fin d’année, reconnaissance par monsieur ‘Un Québec fou de ses enfants’ qu’au Québec on s’fout, plutôt, des enfants.

    * Bref…, lorsque la « follerie » de l’heure — (ou de l’année si vous préférez) — sera passée, on se rendra compte qu’il y avait éminemment moins de raisons d’être fier qu’il y en avait d’avoir honte de cette année 2019; ne serait-ce qu’en raison de cette loi, au sein de laquelle se trouvent ce même genre de dispositions non moins puériles, grotesques, frivoles, idiotes, dépourvues d’élémentaire humanité et injustifiablement lésantes, pour ne pas dire répugnantes — que celles décelées à profusion en l’aussi méprisable qu’«imbécile» projet de loi avorté-conspué (PEQ) originant de même main; et s’avérant certes en tout cas, pour le moins dire, comme l’a à juste titre qualifiée un suréminent juriste, à sa face même et d’emblée, odieuse. Bien, bien, bien, incommensurablement loin d’être « glorieuse », donc.