Montréal

Le projet de loi sur la laïcité n’est «pas du tout raciste», martèle Jolin-Barrette

Simon Jolin-Barrette
Le ministre Simon Jolin-Barrette Photo: Josie Desmarais/Métro
Henri Ouellette-Vézina - Métro

Le projet de loi sur la laïcité de l’État peut certes être amélioré d’ici à son adoption, mais «il n’est pas du tout raciste», martèle le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, en entrevue à Métro. Déplorant ces fausses étiquettes, il a défendu hier un plan «pondéré, modéré et équilibré», plus clair et applicable que ce qu’avaient tenté de faire les libéraux par le passé.

Son nom est partout depuis qu’il a confirmé jeudi la volonté de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’interdire les signes religieux à tout employé du gouvernement «en situation d’autorité», incluant enseignants, juges, gardiens de prison et policiers.

Le ministre Simon Jolin-Barrette refuse de faire des exceptions, écartant l’idée d’une «clause Montréal». Il convie malgré tout l’administration Plante «à faire valoir ses préoccupations en commission parlementaire» dans les prochaines semaines, se disant ouvert à «voir si certains éléments pourraient être ajoutés» au projet de loi. Critiquée par certains, soutenue par d’autres, l’interdiction des signes religieux, «c’est toutefois non-négociable», tranche le ministre.

Ce dernier croit que le débat sur les signes religieux a assez duré, d’où la nécessité de passer à autre chose. Plus de 50 ans après une Révolution tranquille qui a «confirmé la volonté des Québécois de séparer l’État des religions», le député de Borduas estime que la province est mûre pour inscrire la laïcité «dans ses lois».

S’il est adopté – d’ici la fin des travaux à l’Assemblée nationale, fin juin, espère l’élu – le projet de loi fera office de première au Canada en définissant le caractère laïque des institutions publiques de toute une province.

Soutenue par une majorité statistique, l’idée de votre gouvernement demeure controversée, qualifiée de «dangereuse» ou de «raciste» par certains. Que pensez-vous de cette interprétation?
Notre projet de loi n’est pas du tout raciste. Au contraire, il est équilibré, entre droits collectifs et droits individuels. Il faut voir qu’au Québec, il y a déjà eu ce processus de sécularisation de la société, de déconfessionnalisation, de laïcisation, donc on est rendus à inscrire dans nos lois que l’État et les religions, c’est séparé. Ce qu’on veut, c’est l’égalité de tous les citoyens devant la loi, la neutralité religieuse et le traitement des religions sur un même pied d’égalité. Il n’est aucunement question de racisme, mais bien de tourner la page sur 10 ans de débat en disant que oui, la laïcité, c’est l’une de nos valeurs.

«La laïcité, c’est aussi important que l’égalité entre les femmes et les hommes, les valeurs démocratiques, le bien-être général des citoyens. Ça fait partie de la société québécoise.» – Simon Jolin-Barrette

Est-ce que la polarisation des idées sur les signes religieux et le ton parfois agressif dans ce débat vous inquiètent?
C’est vrai que c’est un débat émotif, et ce depuis le rapport Bouchard-Taylor. On ne peut pas se le cacher : souvent, la température monte rapidement. C’est pour ça qu’on a besoin d’un discours calme, serein. On l’a vu : la mairesse de Montréal [Valérie Plante] a reçu des insultes après s’être exprimée sur le sujet. C’est inacceptable. […] Moi aussi, j’ai reçu toutes sortes de messages; des positifs, des négatifs. Ça fait partie de la charge de ministre, mais je pense qu’on devrait être capable de recevoir des opinions contraires dans le respect. Tous les acteurs de la société autant politique que civile ont une responsabilité là-dedans. La première chose à faire, c’est d’expliquer le contenu de notre projet.

La position à Ottawa, à l’exception du Bloc québécois, est assez ferme contre votre projet de loi. Craignez-vous que ça puisse créer des tensions avec le fédéral?
Je ne pense pas que ça puisse être le cas. Le fait de décider comment on vit au Québec, dans nos rapports avec la religion, ça appartient à l’Assemblée nationale. C’est pour ça qu’on utilise la clause dérogatoire, puisqu’il revient au Parlement [du Québec] de décider, et non pas aux tribunaux. Lorsqu’il dit que le Canada est un État laïc, [le premier ministre Justin Trudeau se trompe] : ce n’est pas inscrit tel quel dans les lois fédérales. Ce le sera, par contre, dans la loi québécoise. Au final, le fédéral peut bien avoir ses opinions, mais moi je dis que c’est au Québec que ça se décide.

Plusieurs juristes remettent en question la légitimité d’une interdiction des signes religieux à un juge. Quelles sont vos intentions à l’égard des magistrats?
Ce n’est pas au gouvernement de dire comment exprimer cette laïcité aux juges provinciaux. Ce qu’on a fait, c’est de donner un cadre. On met un bras de distance avec le Conseil de la magistrature du Québec (CMQ). C’est à eux de déterminer leurs règles en conséquence. On dit juste qu’ils doivent se doter de règles, mais qu’ils ne sont pas désincarnés de l’État. C’est une branche du pouvoir, c’est normal qu’ils soient assujettis au concept de laïcité. Et pour les employés de la fonction publique, ce n’est pas tout le monde qui est visé.

«Il y a des gouvernements qui ont été beaucoup trop loin, il y a des gouvernements qui n’ont rien fait du tout. Ici, le projet de loi, il est applicable.» – Simon Jolin-Barrette

Quand on vous reproche, à l’Assemblée nationale ou ailleurs, de favoriser un recul des droits des minorités, que répondez-vous?
Que c’est le jeu des oppositions de critiquer. Cela étant dit, je souhaite que leur ton soit constructif, parce qu’honnêtement, c’est ce que la population veut. Le Parti libéral entame une réflexion sur la laïcité, je pense qu’il devrait la poursuivre.

Sinon, il y a plusieurs pays européens qui ont déjà légiféré et qui vont plus loin que nous, dont la France, la Belgique, la Suisse. Le choix de la laïcité [d’un État] appartient à sa société. Il n’y a pas de laïcité universelle; chacun a un modèle qui lui appartient, en fonction de son histoire. Ici, on va avoir notre propre modèle. Et s’il y a des groupes internationaux qui critiquent nos choix, ça leur appartient, mais ça va se voter au Québec.

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