Montréal

Médecins du Monde: une clinique essentielle pour les migrants à statut précaire

Médecins du Monde: une clinique essentielle pour les migrants à statut précaire
Photo: Courtoisie/Denis Wong

L’Observatoire des tout-petits révélait récemment que des centaines d’enfants nés au Québec n’ont pas accès à l’assurance maladie, en raison de leur statut d’immigration ou de celui de leurs parents. Plusieurs familles se tournent alors vers Médecins du Monde, dont la clinique offre des soins aux sans-papiers.

Depuis 2011, Médecins du Monde est la seule organisation au Québec qui gère une clinique réservée aux personnes migrantes n’ayant pas de couverture médicale et se trouvant dans l’impossibilité de payer pour des soins.

Le mercredi est consacré aux bambins et aux femmes enceintes. Lors du passage de Métro, elles étaient plusieurs dans la salle d’attente et dans la salle de jeux, quelques minutes après l’ouverture des portes.

Ines* est arrivée au Québec avec son mari et ses deux enfants. Leur troisième est né ici, mais n’a pas accès à l’assurance maladie à cause du statut de travail ouvert de sa mère.

«Mon plus jeune a dû se rendre à l’urgence, car il faisait des convulsions et de la fièvre. Heureusement, tout a bien été, mais la facture est montée à plus de 1000$», se rappelle-t-elle.

Elle s’explique bien mal pourquoi les migrants «qui sont ici et qui font des démarches pour rester ici» n’ont pas accès à l’assurance maladie.

«La santé, c’est la moindre des choses. Même ceux qui sont résidents [permanents], sans la nationalité, y ont droit, alors que mon enfant, né ici, n’y a pas droit», déplore-t-elle.

Le cas d’Ines n’est pas isolé. Plusieurs enfants amenés à la clinique sont nés ici, mais, comme l’exposait le rapport de l’observatoire, se trouvent dans l’impossibilité d’avoir accès à l’assurance maladie.

La clinique compte sur la présence et l’engagement bénévole de psychologues, d’infirmières, d’intervenantes sociales et de près d’une centaine de médecins. Ceux-ci font face à un large éventail de cas, des plus mineurs aux plus graves.

Chaque jour, la travailleuse sociale Marianne Leaune-Welt évalue le statut d’immigration des patients. Elle regarde les besoins et les soucis des patients, pour voir si l’accès à une couverture médicale est possible et si oui, s’il est question de court, moyen ou long terme.

«Chez les enfants, certains viennent pour une otite, quelque chose de mineur, mais qui est tout de même très fréquent et qui doit être traité rapidement», remarque-t-elle.

Même son de cloche du côté du pédiatre urgentiste Samir Shaheen-Hussain, médecin bénévole à la clinique.

«On a déjà vu un enfant avec un ongle incarné, ce qui semble banal, mais le mal a progressé parce que l’enfant n’avait pas accès aux soins. Il avait de la difficulté à marcher, à s’amuser avec ses amis», déplore-t-il.

«Ces enfants font partie intégrante de notre société et doivent être en mesure de recevoir les mêmes services que leurs camarades de classes et amis. C’est une question de justice sociale, d’égalité et d’équité» –Samir Shaheen-Hussain, pédiatre

Le docteur rapporte qu’il n’est pas rare que des parents choisissent d’éviter de consulter, en espérant que la situation se réglera d’elle-même. Certains vont même jusqu’à empêcher leur enfant de jouer au parc, de peur qu’il se blesse.

La question financière est importante dans les familles migrantes à statut précaire, qui sont déjà particulièrement vulnérables, à cause, entre autres, de leurs revenus plus faibles.

«Ça ajoute un autre niveau de stress, car la famille sait que, si elle est dans l’obligation d’aller à l’hôpital, elle aura à payer des montants importants. Pour eux, les tarifs dans les hôpitaux sont majorés de 200%», explique Dr Shaheen-Hussain.

Parallèlement au travail fait au quotidien, Médecins du Monde a mis sur pied, avec Amnistie Internationale, une pétition dénonçant cette «discrimination envers les enfants canadiens de parents migrants à statut précaire».

«Comment accepter au Canada d’avoir deux classes de citoyens? Tout ce qu’on cherche à faire, c’est d’informer les citoyens et les décideurs pour qu’ensemble on trouve une solution», se désole la directrice des opérations nationales chez Médecins du monde, Véronique Houle.

Elle rappelle qu’en 2001, la ministre de la Santé de l’époque, Pauline Marois, avait amendé la loi, «pour justement se dire soyons simple, les enfants nés ici, et donc citoyens canadiens, nonobstant le statut des parents, ont accès aux soins de santé».

Mme Houle ajoute que Médecins du Monde est la seule organisation qui documente cette problématique.

«On ne demande pas de faveur ici. On demande tout simplement que la RAMQ [Régie de l’assurance maladie du Québec] applique la loi, telle que ratifiée en 2001, c’est tout simple», illustre-t-elle.

De son côté, Dr Shaheen-Hussain explique que des mesures ont été prises en Europe, mais aussi en Ontario et que le Québec pourrait s’en inspirer.

«Dans certaines situations, les enfants nés en Ontario et dont les parents ne sont pas couverts par le système de santé public vont être couverts si la famille peut prouver qu’elle est établie en Ontario et y vit, sans égard de leur statut d’immigration», indique le pédiatre.

*Nom fictif

Commentaires 1

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  • crance annie

    Soigner et éduquer devraient etre les priorites d un etat de droit pour tout etre humain.