Montréal

Conflit d’intérêts: un rapport du BIG place une employée de la Ville dans l’eau chaude

Conflit d’intérêts: un rapport du BIG place une employée de la Ville dans l’eau chaude
Photo: Archives Métro

Une employée du Service des grands parcs de la Ville de Montréal est dans l’eau chaude après la publication d’un rapport du Bureau de l’inspecteur général (BIG), lundi, qui soutient que celle-ci aurait aidé l’entreprise de son conjoint à obtenir un contrat de design intérieur.

L’histoire remonte à l’automne 2017, à un moment où la Ville de Montréal souhaitait rénover le chalet du parc La Fontaine, dont son restaurant et ses salles de bain ouvertes au public.

Alors que le projet en est «à l’étape de la sélection des finis» et qu’un appel d’offres pour les travaux est sur le point d’être publié, l’architecte-paysagiste Louise Blanchet aurait, selon le BIG, manifesté «son désaccord avec le concept proposé» en prétextant que celui-ci ne respectait pas le caractère patrimonial du bâtiment.

À ce moment, toutes les parties prenantes, dont la firme d’architecture et le chargé de projet, «s’objectent à une telle révision», conclut l’inspectrice générale, Brigitte Bishop. Il est alors convenu «de reporter l’intégration des designers d’intérieur» au printemps 2018.

Étant donné que le contrat est d’une valeur relativement faible – il s’agit d’une somme de moins de 25 000$ – quatre firmes sont «directement sollicitées», c’est-à-dire sans passer par le processus d’appel d’offres public. C’est la firme Desjardins Bherer, appartenant au conjoint de Mme Blanchet, qui est finalement sélectionnée.

L’entreprise a été «intégrée au projet de réfection» à la fin mai 2018, d’après les informations du BIG. Celui-ci soutient que l’employée de la Ville aurait également «divulgué qu’un addenda serait publié», en rendant le contenu de celui-ci accessible à son conjoint, avant même que le contrat ne soit publié.

Pour toutes ces raisons, l’organisme de surveillance municipale conclut que l’architecte-paysagiste et son chef de division ont, de par leur manque de rigueur, «laissé planer, à tout le moins, une apparence de conflit d’intérêts sur l’exécution du contrat», ajoutant que la déclaration de l’employée au contrôleur général «n’était pas totalement franche et donnait un portrait trompeur de la situation».

«Il est absolument inconcevable qu’en 2018, une employée de la Ville de Montréal ait pu et cru bon de rédiger une demande de soumissions et de choisir d’inviter la firme de son conjoint et de surcroit, sans déclarer franchement et pleinement cette situation au Bureau du contrôleur général» –Extrait du rapport du BIG

Montréal devrait sanctionner
D’après le BIG, les sanctions prévues par la loi doivent être respectées par l’administration, car elles «dénotent un degré de réprobation certain».

«On ne saurait tolérer qu’un soumissionnaire ou un cocontractant bénéficie d’un avantage indu à l’égard de la compétition en vertu d’un lien personnel existant avec une personne ayant participé à l’élaboration des documents de soumission», écrit aussi l’inspectrice générale, Brigitte Bishop.

Jointe à ce sujet par Métro, la porte-parole du comité exécutif, Laurence Houde-Roy, indique que «le rapport a été remis au contrôleur général, qui est en train de faire son analyse».

«Entre temps, les employés impliqués [dans ce dossier] sont absents pour une durée indéterminée, a-t-elle certifié. Nous allons attendre les recommandations du contrôleur.» La Ville refuse d’en dire davantage pour le moment, préférant laisser le temps à toutes les parties prenantes de s’expliquer.

Le chef de l’opposition Lionel Perez, a expliqué à Métro que l’enquête du BIG démontre sa propre pertinence pour approfondir le débat, mais aussi «que le combat contre la collusion et la corruption est une guerre d’usure».

«Il ne faut pas lever le bras, il faut toujours aller de l’avant. Ça démontre que ça ne se fait pas seulement à l’externe avec des compagnies, mais bien à l’interne avec des employés. Il faut être très vigilant.» -Lionel Perez, chef de l’opposition

Appelé à réagir, le porte-parole du BIG, Michel Forget, affirme que l’organisme «n’a pas l’habitude de commenter ses rapports, sauf dans des situations exceptionnelles ou à moins qu’il y ait beaucoup d’incompréhension».

«Nous n’avons pas de contact avec la Ville, assure-t-il toutefois. On fait notre enquête, on dénonce les faits et on laisse le soin à l’administration de prendre des mesures appropriées. Ça nous permet de garder notre neutralité.»

Depuis sa création, le BIG est effectivement intervenu à une ou deux reprises sur l’un de ses rapports. L’inspectrice générale Brigitte Bishop rencontre annuellement les médias pour faire le point sur les orientations et les défis à l’interne.