La contestation de la carte électorale ira devant les tribunaux
La contestation de la carte électorale québécoise franchira de nouvelles étapes, les 3 et 4 décembre prochains, alors qu’elle sera entendue devant un tribunal, près de deux ans après qu’un recours judiciaire ait été lancé pour s’opposer à la fusion des circonscriptions de Mont-Royal et d’Outremont.
«Il va falloir mettre sur pied une page GoFundMe ou quelque chose du genre pour lever des fonds et s’assurer que nos avocats soient capables de mener à terme ce combat», explique à Métro le conseiller de Snowdon, Marvin Rotrand.
Avec le maire de Côte Saint-Luc, Mitchell Brownstein, et le maire de Hampstead, Bill Steinberg, celui-ci réclame depuis septembre dernier une réforme de la carte électorale, afin qu’aucune communauté ethnique ne soit sous-représentée.
En 2017, après avoir promis le contraire, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) avait finalement choisi de fusionner Mont-Royal et Outremont, en plus de modifier les frontières de D’Arcy McGee. La décision avait provoqué frustration et indignation ; plus de 500 personnes s’étaient réunies pour manifester à Côte-des-Neiges notamment.
D’après les élus municipaux, cette nouvelle carte électorale est «illégale» et «réduit considérablement le poids de vote» des communautés ethniques, particulièrement philippines et juives, à Montréal. «Leur influence politique est diluée et l’impact des candidats est réduit, dit Marvin Rotrand. Ces groupes-là sont toujours dans la communauté, mais sont scindés en deux. Les frontières ne respectent plus leurs communautés naturelles.»
À Hampstead, «les habitants sont parfaitement conscients de leur perte de représentation», témoigne le maire Bill Steinberg.
Il souligne que son administration municipale versera un dollar pour chaque citoyen qui s’impliquerait financièrement, jusqu’à concurrence de 7000$ de dons des résidents dans la cause. «Nous exhortons également les autres partenaires à imiter notre exemple», a souligné M. Steinberg.
Encourageant aussi ses concitoyens à soutenir la cause financièrement, le maire Mitch Brownstein estime quant à lui que la nouvelle carte réduit la voix des anglophones et des autres minorités à l’Assemblée nationale.
«Notre communauté s’inquiète de sa capacité réduite à se faire entendre à l’Assemblée nationale en raison des distorsions de la carte électorale du Québec qui vont au-delà de ce qui est permis dans la plupart des autres provinces.» -Mitch Brownstein, maire de Côte Saint-Luc
À l’échelle de la province, les élus municipaux soulignent également que six circonscriptions fonctionnent toujours «avec le minimum légal d’électeurs». De plus, certains comtés comme Gaspé, Ungava et René-Lévesque, ont près de la moitié moins d’électeurs que la moyenne, ce qui «contrevient à la loi», selon Marvin Rotrand. «Le cadre légal dit que chaque comté peut prendre 25% d’électeurs de plus ou de moins que la moyenne. Or, en ce moment, un vote dans Gaspé compte pour deux», résume-t-il, ajoutant que ce seuil devrait se situer autour de 15%.
Ce «déséquilibre important» entre les circonscriptions – certaines ont près de 60 000 électeurs alors que d’autres en comptent à peine 30 000 – «sape la confiance du public dans l’équité du processus électoral», lisait-on dans le recours collectif, qui soutient que les décisions du DGEQ sont «largement arbitraires».
«C’est beaucoup plus qu’un combat pour un comté, c’est pour changer les critères de notre loi électorale, qui doivent devenir plus justes et mieux refléter notre réalité démographique», a renchéri Marvin Rotrand.
Le regroupement d’élus et de citoyens invite par ailleurs le gouvernement Legault «à s’exprimer sur cette question», la réforme électorale faisant partie du programme politique de la Coalition avenir Québec (CAQ).