Montréal

Soutenue par Eva, l’IRIS veut taxer les nouveaux joueurs pour compenser les taxis

Soutenue par Eva, l’IRIS veut taxer les nouveaux joueurs pour compenser les taxis
Photo: Graham Hughes/La Presse canadienneLe projet de loi 17 divise énormément à l'échelle du Québec.

Pourquoi ne pas seulement taxer les Uber de ce monde pour payer les permis des chauffeurs de taxi? Ce postulat de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), paru dans une nouvelle étude hier, est accueilli favorablement par Eva, un nouveau joueur québécois dans l’industrie du covoiturage urbain qui vient de lancer ses activités à Montréal.

«On pense que toute transition doit se faire de façon juste, équitable et inclusive, explique à Métro l’un des deux fondateurs de l’entreprise, Dardan Isufi. Il faut trouver des manières de ne pas sacrifier la justice sociale.»

D’après le chercheur associé à l’IRIS, Rémy Twahirwa, l’entrée d’Uber signifie une importante chute des revenus pour les chauffeurs de taxi pouvant aller jusqu’à 10% de leurs revenus annuels, en moyenne. «C’est sans compter la valeur de leur permis qui en prend un coup, dit-il. Ça aura un impact concret sur ces familles qui vivent déjà dans la précarité.»

«La majorité des travailleurs de l’industrie du taxi sont des personnes immigrantes. En venant détruire le système des quotas, on endette pour le reste de leur vie ces gens-là qui ne peuvent pas aller dans d’autres secteurs d’emplois, à cause de pratiques discriminatoires et de la non-reconnaissance de leur diplôme. Ils sont pris au piège», ajoute l’expert.

Si Uber se fait plutôt muette sur cette question, Eva dit de son côté vouloir s’adapter. «L’innovation – et c’est le propre de celle-ci – est corollaire de perturbations. On veut se développer sur un marché de manière équitable avec tous les acteurs présents, ce qui inclut évidemment les taxis», envisage le jeune entrepreneur.

«C’est une position qu’on va et qu’on peut soutenir. Il faut voir maintenant ce que seraient les modalités, la redevance. Il y a beaucoup de spécificités à éclairer, mais on est en faveur.» -Dardan Isufi

Projet de loi 17 : «aucun profit»
Si le projet de loi 17 présenté par le ministre des Transports François Bonnardel à l’Assemblée nationale fait couler beaucoup d’encre depuis quelques semaines, c’est principalement «parce que le Québec n’en tire aucun profit concret», tranche M. Twahirwa.

«Les pratiques fiscales qui favorisent une forme d’évasion permettent à Uber de payer très peu d’impôts dans un pays où elle s’établit. En France, en 2017, la multinationale avait payé 1,4 million d’euros, alors qu’elle fait près de 60 M$ annuellement. Ce n’est pas normal», plaide-t-il.

Sur le plan de la sécurité, la déréglementation du marché provoquera aussi de graves enjeux éthiques, d’après l’IRIS. «Le transport adapté, par exemple, est complètement évacué de cette nouvelle réforme, alors que plusieurs personnes à mobilité réduite utilisent le taxi chaque jour», souligne le chercheur associé.

«On ne mentionne nulle part dans ce projet de loi qu’on est passé de 100 à 7 heures de formation. En termes de sécurité, ça devient pourtant un enjeu important. C’est à se demander si on aura les mêmes services partout.» -Rémy Twahirwa

Il faut aussi garder en tête, d’après l’expert, que les chauffeurs Uber ne roulent pas non plus sur l’or.

«On parle de 6 à 8 dollars de l’heure en moyenne, bien en-deçà du salaire minimum, condamne-t-il. Le gouvernement devrait instaurer une mesure plancher, comme c’est le cas à New York, pour légiférer et permettre une vie décente à ces personnes, en plus de compenser la valeur des permis. C’est ça, être équitable et responsable .»

Le projet de loi 17 fait actuellement l’objet de consultations à Québec. S’il est adopté, il permettra «plus de services, plus de concurrence et plus de transparence dans les prix », d’après le ministre Bonnardel, qui plaide pour un «environnement réglementaire moins lourd, des économies dans les coûts d’opération et une équité entre tous les joueurs de l’industrie».