Montréal

Aider de jeunes Cendrillons

Aider de jeunes Cendrillons
Photo: Josie DesmaraisLes Fées Marraines est un organisme à but non lucratif qui habille des jeunes filles provenant de familles défavorisées pour leur bal de finissants.

Dans le gymnase de l’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal, des bénévoles de Fées Marraines s’activent depuis 8h du matin. Et pour cause. Au cours de la fin de semaine, elles recevront pas moins de 400 finissantes venues choisir leur robe de bal.

Annie* est d’abord timide, lors de son entrée dans les lieux. Elle n’a encore aucune idée de ce qui l’attendra. Ses yeux s’écarquillent alors qu’elle pénètre dans la seconde section du gymnase : plus de 1 500 robes sont disposées et classées, en fonction de leur style et de leur grandeur. En arrière-fond, un système de son diffuse certains des morceaux classiques de Bob Marley, donnant une atmosphère détendue à l’endroit.

« On a toujours plus de robes que de filles. Ça prend un choix !, lance en évidence Linda Blouin, la fondatrice du Projet Fées Marraines. Il y a encore plusieurs centaines de robes en réserves à l’entrepôt. Une équipe y travaille chaque semaine afin d’inspecter chacune d’elle pour s’assurer qu’elles soient impeccables. »

(Photo : Josie Desmarais)

Fondé en 2014 à l’école Antoine-De-Saint-Exupéry, l’organisme Fées Marraines a pour vocation de permettre à des finissantes en 5e secondaire provenant de milieux défavorisés de participer à leur bal de fin d’études. Pour ce faire, l’organisme leur fournit une tenue complète pour la soirée. D’une popularité exponentielle, plus de 400 jeunes femmes provenant de 90 écoles se prévaudront de ses services cette année. 300 bénévoles seront également sur place pour les accompagner.

Faire son choix
Avec l’aide d’une styliste bénévole, Annie commence à faire son choix de robe. On lui demande sa taille, ainsi que le style qu’elle recherche. Un sourire illumine son visage alors qu’elle commence à parcourir les rayons. « Je suis vraiment surprise qu’il y ait autant de possibilités, révèle-t-elle timidement. Je ne pensais pas pouvoir choisir ma robe. »

Après un moment, elle en sélectionne quatre, qu’elle essayera afin de déterminer celle qu’elle préfère. Les bénévoles l’accompagnent alors dans la troisième partie du gymnase, où une soixantaine de tentes sont dressées afin de faire office de cabine d’essayage. Très vite, son choix s’arrête. Ses yeux s’émeuvent alors qu’elle s’admire devant un miroir. À côté d’elle, les bénévoles s’extasient : la robe lui va comme un gant. Une couturière prendra ensuite ses mesures afin d’y mettre les derniers ajustements.

« Lorsqu’on a découvert ce service, je me sentais comme à Noël : c’est un cadeau pour nous », s’exclame l’accompagnatrice d’Annie. Elle ajoute se sentir « comme dans un conte de fées ».

C’est en février qu’Annie a entrepris les démarches afin de pouvoir prendre part à l’activité. « Pour nous, c’est important que les jeunes filles se prennent en main et qu’elles s’inscrivent elles-mêmes », explique Mme Blouin. Une personne référence doit ensuite confirmer afin de valider le tout.  Néanmoins, Mme Blouin reconnait que certaines jeunes y entrent à reculons. « Pour eux, c’est parfois difficile d’accepter la réalité de vivre des difficultés financières. La pensée magique est très présente. C’est important de leur offrir un accompagnement et de les amener à réaliser par elles-mêmes que ça pourrait les aider. »

(Photo : Josie Desmarais)

Faire vivre une expérience inoubliable
Annie n’est pas encore au bout de ses surprises. Maintenant que la robe est décidée, on l’invite dans une autre section où elle pourra choisir ses chaussures. Un peu plus loin, sur une rangée de tables, sont disposés quantité d’accessoires, dont des sacs à main et des bijoux neufs, qu’elle pourra ensuite sélectionner.

Pour couronner le tout, une boîte cadeau comprenant du maquillage ainsi qu’une carte-cadeau échangeable contre des sous-vêtements (sans limites de prix) lui est offerte à la sortie. « J’ai vraiment aimé mon expérience, dévoile-t-elle encore émue. Je vais en garder de beaux souvenirs. »

C’est ce genre de réaction qui fait vivre Mme Blouin. « Venir ici n’est pas un choix facile pour ces jeunes, admet-elle. On veut faire en sorte que ce soit parfait et leur faire oublier les grands magasins. La transformation qui s’effectue et l’estime de soi que regagnent ces jeunes filles ; ça n’a pas de prix ! »

Au cours de la fin de semaine, des coiffeuses et esthéticiennes de l’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal seront également sur place afin de compléter le « look ». Une photographe pourra ensuite immortaliser ce moment pour celles qui le désirent.

Des débuts modestes

La fondatrice du Projet Fées Marraines, Linda Blouin.
(Photo : Josie Desmarais)

Elle-même enseignante depuis 29 ans en Anglais langue seconde à Antoine-de-Saint-Exupéry, Mme Blouin souhaitait pouvoir aider les jeunes finissantes en difficulté. À sa première année, accompagnée seulement d’une bénévole, elle avait pu aider 17 élèves. « J’ai été élevé avec des valeurs d’équités. Je ne pouvais pas concevoir que des jeunes ne pourraient pas participer à leur bal de finissant, faute d’argent », explique-t-elle. Dès sa seconde année, la demande a explosé. Alors qu’elle s’attendait à recevoir une soixantaine de jeunes, c’est finalement plus de 140 qui s’étaient prévalus de ce service.

Cette année, une dizaine de bourses de 500$ seront remises afin d’aider des jeunes femmes dans la poursuite de leurs études. Grâce à des partenaires, les participantes le désirant pourront obtenir une priorité à l’emploi auprès de certains employeurs.

« Je ne pourrais jamais y arriver seule, insiste Mme Blouin. Il y a une équipe extraordinaire et dévouée qui m’accompagne. On a aussi la chance de pouvoir compter sur des commanditaires et partenaires qui font en sorte que tout cela est possible. » Elle annonce par la même occasion que le 26 septembre prochain, l’organisme proposera une collecte de fonds afin de financer la poursuite de ses activités.

De son côté, Annie prévoit entreprendre un DEP à l’automne. Par la suite, elle aimerait se rendre au Cégep afin de compléter sa formation.

*Nom fictif