Montréal

C2 Montréal: un climat de travail «dangereux», dénoncent des techniciens

C2 Montréal: un climat de travail «dangereux», dénoncent des techniciens
Photo: Josie Desmarais/MétroL'édition 2019 de l'événement C2 se déroule dans le quartier Pointe-Saint-Charles.

Alors que s’ouvre l’événement d’affaires C2 Montréal mercredi, des techniciens et des menuisiers qui ont participé à sa préparation déplorent un environnement de travail «dangereux» et «toxique» ainsi que les conditions de travail «déplorables» avec lesquelles ils ont dû composer.

«On n’est pas reconnus dans nos tâches et ils ne sont pas capables de nous fournir des conditions qui ont de l’allure, explique à Métro un ancien travailleur autonome, Pierre-Olivier Parent. C’est déplorable, surtout venant d’un joueur qui met de l’avant de belles valeurs. On aurait espéré qu’il sache agir adéquatement avec sa main-d’œuvre, mais ça se détériore d’année en année.»

Il cite entre autres des horaires «inhumains» pouvant aller jusqu’à 17 heures consécutives par jour, des installations sécuritaires «mal adaptées», des travaux en hauteur «sur des structures chambranlantes» ou l’exposition quasi-quotidienne à du monoxyde de carbone.

«On a les numéros pour communiquer avec la CSST et on connaît nos droits, sauf que les gens qui demandent à l’employeur de régler la situation font face à des représailles», accuse M. Parent.

«La flexibilité et l’innovation tant prisées dans les discussions et les conférences prennent plutôt la forme du risque et de la précarité pour ceux et celles qui œuvrent en coulisse.» -Pierre-Olivier Parent

Dans sa missive, M. Parent laisse aussi la parole à quelques collègues pour illustrer le statut «précaire» des travailleurs.

«On nous fait signer un contrat de travailleurs autonome, alors que c’est eux qui contrôlent l’horaire, les consignes et l’outillage. Un employeur normal ne devrait pas pouvoir mener un chantier dans de telles conditions. C’est choquant de voir l’image de C2 masquer cette réalité», écrit un technicien contractuel du promoteur qui souhaite conserver l’anonymat.

Le regroupement déplore que C2 Montréal ne montre pas l’exemple dans un milieu déjà largement «irrespectueux» qu’est celui de l’événementiel. «C’est une situation qu’on voit souvent quand nous avons à faire à des sites de 3000 personnes et plus, détaille M. Parent. La main-d’œuvre n’est pas reconnue, même si l’employeur a des responsabilités.»

Une manifestation en soutien aux travailleurs doit avoir lieu d’ici la clôture de l’événement. «On veut changer le rapport de force, parce qu’en ce moment, ça fait l’affaire de l’employeur que ça reste privé», poursuit le responsable.

C2 dément les accusations en bloc
Appelée à réagir, la productrice exécutive de C2 Montréal, Geneviève Lussier, dément en bloc les affirmations de ces travailleurs. «Nous ne forçons pas les gens à travailler plus que leurs horaires prévus. Nous les encourageons à retourner chez eux pour limiter la fatigue et les accidents», assure-t-elle, soulignant que l’organisation a «un très haut taux de retour» de travailleurs chaque année.

Elle reconnaît toutefois que «la nature de l’événementiel est intense sur une courte durée». «Les 72h avant l’ouverture de l’événement, c’est normal que les travailleurs effectuent de plus longues journées. Malgré ça, tous les efforts sont mis en place pour assurer de bonnes conditions de travail», plaide-t-elle. À titre d’exemple, des séances de massothérapie ont été offerts aux travailleurs cette année, dit la porte-parole.

La productrice certifie également que les travailleurs ont fait en moyenne des journées de 10 heures, avec une heure de lunch. «C’est le standard de l’industrie», argue-t-elle.

«Il y a un pénurie de main d’œuvre à cause de la multitude d’événements qui ont lieu à Montréal. On fait donc affaire avec des agences de main d’œuvre scénique […], mais aucun fournisseur n’est forcé à travailler plus que leurs shifts.» -Geneviève Lussier

Tout le site de C2 Montréal, incluant ses structures externes, «est inspecté et approuvé par des ingénieurs ainsi que le service des incendies», plaide Mme Lussier, qui soutient que toutes les normes du travail sont respectées. Même si l’échafaudage a été monté «par des fournisseurs spécialisés», un travailleur peut en tout temps refuser d’y monter, selon elle. Si la machinerie créé du monoxyde de carbone, «les portes de garages sont ouvertes à des fins de ventilation», ajoute la porte-parole.

La mairesse Valérie Plante doit faire une allocution vendredi au C2 Montréal sur le thème du leadership.