Montréal

Cinq ans pour les Jardins Gamelin, grand projet de «réappropriation de l’espace public»

Cinq ans pour les Jardins Gamelin, grand projet de «réappropriation de l’espace public»
Photo: Bruno DestombesJeudi soir, une grande fête sur la place Émilie-Gamelin lancera les festivités de la 5e saison des Jardins Gamelin.

Plus qu’un lieu de diffusion culturelle essentiel dans la métropole, Les Jardins Gamelin fêtent ce jeudi son cinquième anniversaire en lançant sa programmation estivale. S’il contribue à dynamiser le centre-ville, l’endroit est d’abord et avant tout un grand projet de réappropriation de l’espace public, de cohabitation et d’inclusion pour plusieurs Montréalais.

«Ce parc a été témoin de plusieurs problématiques au fil du temps comme l’itinérance, l’exclusion et même la criminalité à une certaine époque», explique à Métro le responsable de l’habitation et du design au comité exécutif, Robert Beaudry.

L’arrivée du Quartier des spectacles (QDS) dans le secteur, en 2014, a tout changé selon lui, contribuant entre autres à la création d’un lien fort avec la population.

«On s’est rendus compte qu’on avait ce grand espace qui avait besoin d’animation, justement parce ce qu’on veut créer, c’est de l’achalandage dans un lieu commun.» -Robert Beaudry, responsable de l’habitation et du design

Selon l’élu, cela signifie d’inclure «autant une clientèle marginalisée que des jeunes familles, des touristes, bref avoir un endroit auquel les Montréalais sentent qu’ils appartiennent tous».

Un processus qui demande du temps, reconnaît la porte-parole du Partenariat du Quartier des spectacles, Marie Lamoureux. «Il y a eu une véritable réflexion et prise de conscience à propos de l’utilisation des espaces et de la nécessité de les aménager pour en augmenter la convivialité», indique-t-elle en entretien.

Au-delà de la réappropriation de l’espace en lui-même, la responsable estime que les Jardins contribuent aussi «à aller à la rencontre de l’autre et à renforcer l’appropriation des espaces par tous les types d’usager et de public, de tout âge et de toute mixité». «Le volet et l’intervention sociale y sont importants», observe-t-elle.

Le communautaire au premier plan
L’apport des organismes communautaires dans ce processus de revitalisation des lieux s’est révélé non-négligeable dans les dernières années, une série de partenariats ayant été créés avec eux pour impliquer les plus concernés.

«Avec la Société de développement social et des organismes comme Sentier Urbain par exemple, on a des programmes de réinsertion qui nous permettent d’embaucher des gens qui ont connu l’itinérance et la pauvreté. On leur offre la possibilité de s’impliquer, on fait de l’appropriation par les pairs», analyse Robert Beaudry.

«La réussite des Jardins Gamelin dépendait de la mise en commun de plusieurs expertises, spécialement tout ce qui concerne le volet social. Nous nous sommes donc alliés avec des gens qui pouvaient répondre à cet aspect.» -Marie Lamoureux, porte-parole du Partenariat du Quartier des spectacles

D’autres groupes comme Cactus font chaque semaine de l’intervention psychosociale auprès des personnes dans le besoin sur le site et de la résolution de conflits, afin d’éviter l’intervention policière autant que possible. «On essaie d’être dans la cohabitation le plus souvent, de changer la dynamique. On doit avoir cette conscience-là à tout moment quand on fait une occupation d’espace», ajoute celui qui est aussi conseiller du district de Saint-Jacques, dans Ville-Marie.

Au quotidien, les Jardins permettent ainsi «de prendre le pouls de la ville», dit Marie Lamoureux, «en accueillant des gens de différents quartiers et de diverses origines, des familles, des jeunes comme des plus âgés, des travailleurs de même que des personnes marginalisées».

Se réapproprier cet espace central était d’autant plus important qu’Il est assez lourdement enclavé, souligne l’élu municipal.

«Il faut comprendre qu’à l’ouest, on a un mur aveugle avec l’UQAM et qu’au nord, il y a une espèce de pente avec l’îlot Voyageur qui est fermé. À l’est, il y a la porte Dupuis et au sud, c’est la station de métro qui fait dos à la place. Tout ça donne un peu un sentiment d’enclavement et les gens ne traversent pas nécessairement le parc. Cette animation de Gamelin, elle amène aussi un incitatif à se promener dans le parc, à redécouvrir l’espace, à en faire un milieu de vie», avance M. Beaudry.

Jeudi soir, une grande fête sur la place Émilie-Gamelin lancera les festivités de la 5e saison des Jardins Gamelin.