Montréal
15:16 30 mai 2019 | mise à jour le: 30 mai 2019 à 15:16 temps de lecture: 4 minutes

Des travailleuses du sexe dénoncent un programme du SPVM qui les «met en danger»

Des travailleuses du sexe dénoncent un programme du SPVM qui les «met en danger»
Photo: Archives Métro Média

Le programme RADAR lancé mardi par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) – qui dit vouloir «protéger les victimes» de l’exploitation sexuelle – vise clairement et directement à isoler les travailleuses du sexe, plaide Stella l’amie de Maimie, l’un des plus grands regroupements de femmes et d’hommes œuvrant dans cette industrie à Montréal.

«On est en train de transformer tous les employés d’hôtels et de taxis en petits agents de l’État qui vont nous dénoncer à la police, déplore la porte-parole de l’organisme, Sandra Wesley, en entrevue à Métro. Pour certaines d’entre nous qui vivent des situations de violence, le fait de nous dénoncer ne nous place que davantage en situation de danger.»

Elle dénonce que les hôtels, «figurant parmi les endroits les plus sécuritaires pour une travailleuse du sexe», soient forcés d’adhérer au programme RADAR. «Ça nous précarise. Je m’excuse, mais en 2019, demander à des citoyens ordinaires de nous dénoncer, c’est horrible. L’ère Duplessis est revenue. C’est incroyable qu’on tolère tout ça», ajoute Mme Wesley.

Au-delà du programme auquel les services de police de Laval et de Longueuil collaborent également, la porte-parole déplore que «de parler des travailleuses du sexe comme des victimes, en les infantilisant, ça amène le public à croire qu’il est normal de les cibler». «L’idée que la police nous protège est absurde. L’objectif de cette opération, c’est de nous empêcher de travailler. Je ne pense pas que le public soit d’accord avec ça», renchérit-elle.

«La surveillance et la répression policières sont des facteurs importants qui favorisent la violence et les mauvaises conditions de travail pour les travailleuses du sexe. Pour cause, les corps policiers qui reçoivent des millions pour lutter contre l’exploitation sexuelle n’ont aucun résultat à montrer.» -Sandra Wesley

La responsable estime que la majorité du personnel hôtelier et même policier «ne croit pas vraiment que ce programme va aider qui que ce soit». «Au niveau politique, ça apaise l’électorat qui veut voir que l’État prend des actions contre l’exploitation sexuelle, mais rien de ça ne va contribuer à faire avancer la situation», illustre-t-elle.

Son groupe exhorte les organismes chargés de l’application de la loi ainsi que les hôtels et les sociétés de taxi «à dénoncer ce programme» et à refuser d’y participer. «Au contraire, si on veut nous faire sentir les bienvenues, il faut bâtir la confiance et nous permettre de faire appel à une assistance sécuritaire», dit Sandra Wesley. «Nous exhortons ces établissements à mettre en œuvre des politiques de non-coopération avec la répression policière en refusant de louer des locaux à la police pour des opérations d’infiltration, de refuser de partager des informations sans leur consentement», ajoute-t-elle.

Le SPVM rejette l’argumentaire
Appelé à réagir, Michel Bourque, le commandant au SPVM à la section Exploitation sexuelle – qui gère entre autres la campagne RADAR – rejette en bloc l’argumentaire de Sandra Wesley.

«On vise l’exploitation sexuelle, et non les travailleuses du sexe. On n’est pas là pour mettre en danger qui que ce soit, mais pour protéger les personnes qui peuvent être en danger. C’est pas mal le contraire.» -Michel Bourque

Selon lui, le SPVM et ses partenaires ont un principal objectif à travers cette opération: «on veut pouvoir faire une meilleure détection au sein des personnes qui peuvent être exploitées sexuellement dans un contexte hôtelier ou de transport». «C’est ça le but de RADAR et c’est rien d’autre que ça», assure-t-il.

S’il dit «très bien comprendre» qu’au niveau légal, une partie du code criminel inclut les personnes offrant leurs propres services sexuels, M. Bourque avance que «le focus de la campagne n’est pas là du tout».

«On vise strictement les personnes qui sont sous le giron de proxénètes et de l’industrie du trafic humain. C’est là qu’on veut aiguiller le public et les industries, bref de sensibiliser le personnel sur des signes précurseurs», plaide le porte-parole.

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