Montréal

Accessibilité universelle: une mise en demeure contre l’Équipe Spectra

Photo: Zacharie Goudreault | MétroUne zone pouvant accueillir une douzaine de personnes en fauteuil roulant a été aménagée à gauche de la scène principale pendant le Festival de Jazz de Montréal.
Photo: Zacharie Goudreault | Métro

Les personnes en fauteuil roulant et celles ayant des problèmes de vision déplorent le manque d’accessibilité universelle au Quartier des spectacles. Une mise en demeure a été envoyée à l’Équipe Spectra, qui organise plusieurs événements, dans l’espoir de faire bouger les choses.

«C’est humiliant, le Quartier des spectacles», lâche à Métro Martin Dion, membre du conseil d’administration du Regroupement d’activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ).

Le RAPLIQ est à l’origine de la mise en demeure. L’organisme est connu pour ses poursuites contre les propriétaires de lieux inaccessibles, notamment contre la Société de transport de Montréal.

M. Dion, qui se déplace en fauteuil roulant, a convaincu l’organisme d’envoyer une mise en demeure à l’Équipe Spectra en début de semaine. Spectra est maître d’oeuvre, entre autres, du Festival de Jazz de Montréal et des Francos de Montréal.

Lors d’une visite guidée du site accordée à Métro, Martin Dion a notamment souligné que les toilettes publiques adaptées installées pendant ces événements estivaux sont trop petites pour que son fauteuil roulant puisse y rentrer complètement. Ce qui l’oblige à faire un détour vers le Complexe Desjardins pour aller au petit coin en toute dignité.

Les comptoirs des camions de bouffe de rue sont par ailleurs trop hauts pour les personnes en fauteuil roulant, explique-t-il, et de nombreux kiosques aménagés pendant ces événements ne disposent pas de rampes pour faciliter l’accès à celles-ci.

«Ce n’est quand même pas quelque chose de sorcier d’aplanir pour que les personnes en fauteuil roulant puissent entrer [dans ces kiosques]», s’insurge la présidente du RAPLIQ, Linda Gauthier, qui qualifie cette situation de «discriminatoire». 

Cette dernière déplore d’ailleurs que seulement deux petites balustrades pouvant accueillir une douzaine de personnes en fauteuil roulant ont été aménagées pendant le Festival de Jazz à proximité de la plus grande salle de concert extérieure alors que le Festival d’été de Québec a créé une zone pouvant accueillir 300 personnes à mobilité réduite près de la grande scène des Plaines d’Abraham.

M. Dion, qui est un grand «fan» de musique, déplore par ailleurs le manque de rampes d’accès temporaires pour accéder au plancher surélevé devant certaines scènes.

«Le Quartier des spectacles est très mal fait pour les personnes à mobilité réduite.» -Martin Dion

Pas de commentaires
M. Dion demande que le président-directeur général de l’entreprise, Jacques-André Dupont, rencontre des membres du RAPLIQ pour «discuter de ces enjeux» et y trouver des solutions.

Si c’est l’entreprise qui est visée par cette mise en demeure – et non le Partenariat du Quartier des spectacles – c’est parce que les enjeux d’accessibilité soulevés par M. Dion concernent avant tout les installations temporaires mises en place pendant les festivals de musique qui relèvent de l’Équipe Spectra.

Métro a tenté cette semaine de joindre le PDG de l’Équipe Spectra, en vain.

«L’Équipe Spectra a été informé de cette mise en demeure. Cependant, elle ne commentera pas davantage sur le sujet», a indiqué par courriel le gestionnaire principal aux relations publiques de l’Équipe Spectra, Philip Vanden Brande.

La porte-parole du Partenariat du Quartier des spectacles, Marie Lamoureux, note pour sa part que «chaque promoteur est responsable de l’aménagement du territoire pour la tenue de son événement».

Le RAPLIQ n’entend toutefois pas baisser les bras.

«Si au bout de 10 jours, on n’a pas un engagement écrit, on va aller vers la Commission des droits [de la personne]. C’est le seul moyen pour qu’on soit écouté», ajoute Mme Gauthier, qui est l’auteur de cette mise en demeure, dont Métro a obtenu copie. 

Personnes aveugles
Le Quartier des spectacles peut aussi représenter tout un casse-tête pour les personnes aveugles ou ayant une vision très réduite, souligne quant à lui le Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain.

«Le principal problème, c’est que sur la rue Sainte-Catherine [entre les rue Bleury et Saint-Dominique], les trottoirs sont au niveau de la chaussée. Donc, en dehors des spectacles, c’est très difficile de se déplacer de façon sécuritaire parce qu’on ne sait pas si on s’engage dans la rue ou non», explique Pierre Croisetière, membre de l’organisme. 

M. Croisetière, qui se déplace à l’aide d’une canne blanche, réclame par ailleurs depuis plusieurs années que des feux sonores soient installés aux intersections situées sur le site du Quartier des spectacles, en vain.

Par courriel, la Ville a indiqué que des signaux sonores sont actuellement en place à trois intersections situées dans le quadrilatère du Quartier des spectacles. Six autres situées sur le site seront par ailleurs munies de ce dispositif dans les prochaines années, a indiqué la relationniste Audrey Gauthier.

Actuellement, 203 intersections sont munies de signaux sonores à Montréal.