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Grand Montréal: un virage vert «bien entamé», mais coûteux pour les sociétés de transport

Grand Montréal: un virage vert «bien entamé», mais coûteux pour les sociétés de transport
Photo: Josie Desmarais/MétroUn autobus hybride de la STM.

Le virage vert est «bien entamé» pour plusieurs sociétés de transport du Grand Montréal. La transition vers des bus entièrement électriques s’annonce toutefois coûteuse et ardue pour celles-ci, qui réclament un meilleur soutien financier d’Ottawa à la veille des élections fédérales.

La Société de transport de Laval (STL) a dévoilé jeudi un des 10 autobus à recharge lente qui circuleront sur la première ligne 100% électrique du secteur dès l’automne 2020. Ces bus de 40 pieds auront une autonomie de 250 km avec une seule charge.

«La tendance lourde, ce sont des bus à recharge lente qui peuvent faire une journée complète», explique à Métro le directeur principal du développement et de l’innovation à la STL, Pierre Lavigueur. Ce dernier estime d’ailleurs que les bus commandés par la société de transport disposent d’une autonomie suffisante pour «faire une aussi bonne job que ceux au diesel qu’on va pouvoir mettre au rancard». 

Une course vers l’électrification

Alors que la STL, qui ne possède actuellement qu’un seul bus électrique, entend acheter seulement des véhicules zéro émission à partir de 2024, le Réseau de transport de Longueuil (RTL) se donne plutôt la cible de 2023.

«On sait déjà dans quoi on se lance parce qu’on a le tiers de notre flotte qui est hybride actuellement», souligne le directeur général du RTL, Michel Veilleux. La société de transport de la Rive-Sud recevra d’ailleurs prochainement ses cinq premiers autobus électriques, a-t-il indiqué. 

Une technologie qui n’est «pas au point»

L’organisme exo, qui gère entre autres les trains de banlieue du Grand Montréal, n’a pour sa part aucun plan à l’heure actuelle en matière d’électrification de sa vaste flotte de bus qui dessert plusieurs municipalités de la région.

«En ce moment, la technologie des batteries n’est pas au point pour offrir ce service», a fait valoir Louis-André Bertrand, un porte-parole d’exo. Ce dernier a notamment souligné que les bus privés qui desservent les 237 lignes d’exo doivent parcourir de longues distances. Ils doivent aussi être en mesure d’aller à «grande vitesse» puisque le parcours de ceux-ci implique d’«aller sur l’autoroute».  

«Présentement, quand on fait des appels d’offres, [les transporteurs privés] répondent avec des modèles au diesel», a-t-il ajouté. L’organisme se montre toutefois confiant que «lorsque la technologie sera au point»,il deviendra alors «intéressant» pour les soumissionnaires de «proposer des modèles électriques» à exo.

Un virage vert «bien entamé»

La Société de transport de Montréal (STM) affirme quant à elle que son virage vert est déjà «bien entamé». Après avoir testé pendant plus de deux ans trois bus électriques à recharge rapide sur la ligne 36-Monk, la société de transport s’apprête à rendre celle-ci entièrement électrique dès l’an prochain en y ajoutant quatre véhicules électriques. Une trentaine d’autobus zéro émission à recharge lente seront par ailleurs entreposés dans le garage Stinson en 2020 et 24 autres circuleront sur le boulevard Pie-IX en 2022.

La STM conserve toutefois comme cible officielle d’acheter seulement des bus électriques à partir de 2025.

«La possibilité de 2023 est toujours présente, mais on croit beaucoup plus à 2025 pour plusieurs raisons», souligne la directrice exécutive du réseau de bus à la STM, Renée Amilcar. 

Les défis reliés à l’électrification sont en effet nombreux à la STM, qui possède une flotte de plus de 1800 bus hybrides et conventionnels. Les garages de la société de transport doivent notamment être modifiés afin de pouvoir «accueillir des bus électriques» et l’ensemble des chauffeurs et des employés d’entretien doivent recevoir une formation en lien avec l’utilisation de ces véhicules.

Les bus zéro émission coûtent par ailleurs plus d’un million de dollars à l’achat, soit plus du double du prix estimé par la STM pour un bus au diesel.

«Il est clair qu’à partir du moment où on prend la décision de faire un virage dans le respect de l’environnement, c’est à dire d’avoir un transport en commun propre avec des bus électriques, c’est un virage dispendieux. On ne le fait pas pour l’argent, on le fait pour sauver la planète et assurer une vie pas trop mal à nos petits.» -Renée Amilcar, directrice exécutive du réseau de bus à la STM

Appui du fédéral

Alors que les élections fédérales approchent à grands pas, plusieurs sociétés de transport contactés par Métro demandent à Ottawa d’investir davantage dans leur transition écologique.

Actuellement, Ottawa finance seulement l’acquisition d’infrastructures de transport en commun alors que les coûts d’exploitation sont en hausse et pèsent de plus en plus sur les épaules des municipalités.

«Le rythme qu’on voudrait réussir à suivre amène des exigences en termes de coûts d’exploitation, donc oui, ça va être requis que le gouvernement contribue à financer les coûts d’exploitation pour donner un peu de souffle aux municipalités», a souligné M. Lavigueur. 

«Sur les infrastructures et les véhicules, je peux vous dire qu’il y a des besoins d’investissements qui sont majeurs.» -Michel Veilleux, directeur général du RTL

Par courriel, l’Autorité régionale de transport métropolitain a d’ailleurs indiqué qu’elle «sensibilise» les ordres de gouvernement «afin que soient bien évalués, identifiés et intégrés les coûts de développement et d’exploitation à l’étape de conception des projets».