Montréal
14:58 24 octobre 2019 | mise à jour le: 29 octobre 2019 à 14:18 temps de lecture: 4 minutes

Règlement d’inclusion: Ensemble Montréal craint un nouvel «exode vers les banlieues»

Règlement d’inclusion: Ensemble Montréal craint un nouvel «exode vers les banlieues»
Photo: Josie Desmarais/MétroLe chef de l'opposition officielle, Lionel Perez

S’il est adopté, le nouveau Règlement pour une métropole mixte de l’administration Plante aura des conséquences désastreuses pour l’accès à la propriété de la classe moyenne, plaide Ensemble Montréal.

Son chef, Lionel Perez, a condamné jeudi que la stratégie de la Ville, dans sa forme actuelle, soit la «recette parfaite» pour engendrer «un nouvel exode vers les banlieues».

«Ça va contribuer au détournement des investissements des projets de développement vers les banlieues et la hausse des prix des logements neufs à Montréal, sans compter la baisse de l’offre de nouveaux logements, a martelé l’élu municipal jeudi. Ce qui aura pour effet une augmentation générale des prix de l’immobilier dans la métropole.»

Il déplore que l’offre répondra ainsi encore moins à la demande en loyers modiques sur l’île, d’autant plus que le besoin en matière de logements abordables est criant à Montréal.

«La pression exercée sur le marché va gonfler. C’est la recette parfaite pour un nouvel exode vers les banlieues, où les développeurs n’auront pas à subir le même genre de contraintes. On va se retrouver dans une spirale inflationniste avec moins d’offre, et une demande toujours aussi forte.» -Lionel Perez, chef de l’opposition

20-20-15

Présentée en juin, la réglementation de la Ville obligerait les promoteurs à inclure 20% de logements sociaux, jusqu’à 20% de logements abordables et environ 15% de logements familiaux dans les projets immobiliers de plus de cinq unités. Sinon, le promoteur pourra verser une compensation financière à la Ville ou lui céder des terrains vacants pour y construire du logement social. Son application est prévue dès janvier 2021.

Pour la conseillère de l’opposition dans Louis-Riel, Karine Boivin-Roy, cela revient à une «taxe déguisée» qui mettrait le fardeau du financement des logements sociaux sur le dos des promoteurs. Ce qui aura pour cause, juge-t-elle, de limiter l’accessibilité aux moins nantis et d’inciter de plus en plus de résidants «à quitter Montréal».

«Ça ne sert à rien d’avoir un règlement qui force les développeurs à construire des logements abordables, quand on ne contrôle ni le revenu de l’acheteur, ni la période durant laquelle le logement va être offert au prix abordable», s’indigne-t-elle.

Ensemble Montréal somme la Ville de suspendre son règlement tant et aussi longtemps que le gouvernement Legault n’aura pas défini les critères d’encadrement et d’accès au logement abordable. Une politique en matière d’habitation de la CMM devrait aussi voir le jour avant toute chose, soutient Ensemble Montréal.

Interpellée par Métro, la porte-parole au comité exécutif de la Ville, Laurence Houde-Roy, n’a pas voulu commenter jeudi. «On laisse la commission faire son travail», a-t-elle indiqué.

Un point de vue aux antipodes

Quoique soutenue par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), la position de l’opposition est contestée par plusieurs organismes communautaires, qui souhaiteraient pour leur part une application plus rapide et plus intensive du règlement.

C’est le cas de la Table de quartier Peter-McGill, qui a réclamé jeudi de doubler le seuil de logements sociaux dans le règlement, pour le faire passer à 40%. La chargée de projet en urbanisme, Maryse Chapdelaine, envisage carrément une révision à la hausse des contributions financières des promoteurs.

«Ça suffit les tours à condos. Il faut faire des logements sociaux. Si on offre beaucoup de logements sociaux, ça devient plus intéressant que les unités à condos très dispendieuse», a-t-elle martelé en entrevue à Métro.

Même son de cloche pour le directeur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Pierre Gaudreau. «Le 20% de logements sociaux, pour nous, c’est insuffisant. Le marché à Montréal est effréné et nous, on veut que ça aille plus loin», juge-t-il.

Articles similaires