Montréal
03:30 28 octobre 2019 | mise à jour le: 27 octobre 2019 à 09:06 temps de lecture: 4 minutes

Pont Champlain: des recherches pour comprendre la décrépitude accélérée

Pont Champlain: des recherches pour comprendre la décrépitude accélérée
Photo: Josie Desmarais/MétroFin juin, lors de l’inauguration du nouveau pont Samuel-de-Champlain, le ministre des Infrastructures, François-Philippe Champagne, s’était dit ouvert à plusieurs scénarios pour la déconstruction de l’ancien pont.

Une dizaine d’experts sélectionnés à travers le Canada mèneront des recherches sur les matériaux de l’ancien pont Champlain, dans le cadre de sa déconstruction. Un des objectifs: comprendre pourquoi la structure s’est dégradée prématurément.

Pour le professeur au Département de génie géologique de l’Université Laval, Benoit Fournier, la déconstruction du pont Champlain amène son lot d’opportunités pour la science.

«Maintenant qu’il est à la fin de sa vie utile, il démontre un certain nombre de pathologies ou d’endommagements, explique-t-il en entrevue à Métro. Pour nous, c’est une belle opportunité de comprendre l’effet de différentes conditions sur le processus d’endommagement d’une structure du même type.»

Le chercheur s’intéressera au cours des prochains mois à la durabilité du béton pour un pont ressemblant à Champlain ou Jacques-Cartier.

«Ces structures ont été construites dans les années 60 avec les connaissances de l’époque. Tout ça a évolué énormément depuis.»

Benoit Fournier, enseignant à l’Université Laval en génie géologique

Mieux dépenser l’argent

En allant chercher un maximum d’informations sur les pièces du pont Champlain qui sera sous peu démoli, il sera possible de faire un «post-mortem intéressant», analyse M. Fournier.

«Ce qu’on peut apprendre ici pour fabriquer d’éventuelles structures futures n’est pas anodin. C’est potentiellement pertinent pour toute la communauté», renchérit l’expert originaire de la Capitale-Nationale.

«Une fois qu’on aura des modèles numériques ou une équation pour évaluer la résistance des pièces, on sera en mesure de beaucoup mieux cibler nos objectifs, de dépenser l’argent aux meilleurs endroits. Ce serait beaucoup plus efficace», ajoute pour sa part le professeur au Département de génie civil de Polytechnique Montréal, Robert Tremblay.

Son étude s’attaquera entre autres à l’effet de la rouille – ou corrosion – sur la résistance à long terme des pièces d’un pont. Les constats qui en émergeront devraient permettre selon lui de «mieux évaluer l’état de la structure» tout au long de ses cycles de transformation.

«Le propriétaire d’un ouvrage serait ainsi en bien meilleure position pour prendre de bonnes décisions d’investissements, soutient l’enseignant. Quand on veut rajouter des charges, comme par exemple une piste cyclable, la question est souvent de savoir s’il faut remplacer ou simplement intervenir pour renforcer des éléments, dans telles ou telles conditions. Notre objectif est d’y répondre.»

L’expert dit entre autres s’inspirer des meilleures pratiques en génie civil à travers le monde pour faire ces constats.

«On a regardé ce qui a été fait ailleurs, et on voit que ça pourrait s’appliquer aux ponts Champlain ou Jacques-Cartier, et même d’autres structures au Canada. Il y a lieu de pousser une investigation.»

Robert Tremblay, professeur à Polytechnique Montréal en génie civil

Diversité et faisabilité recherchées

Pour la directrice aux communications de la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée (PJCCI), Nathalie Lessard, ce concours est beaucoup plus qu’une opportunité de faire rayonner le savoir québécois.

«Ça représente une expertise tangible pour nous et des réelles retombées potentielles sur la durabilité de nos structures, envisage-t-elle. On souhaite avancer à travers le processus et faire progresser nos méthodes de renforcement pour l’avenir.»

Le projet gouvernement de déconstruction de l’ancien pont Champlain, lancé en juin dernier, figure par ailleurs parmi les priorités de la PJCCI. «C’est aussi une opportunité pour nous de voir dans quelles mesures nos pratiques actuelles ont fonctionné», renchérit Mme Lessard.

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