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Port de Montréal: nouvelle offensive pour le terminal Contrecoeur, des écologistes inquiets

Port de Montréal: nouvelle offensive pour le terminal Contrecoeur, des écologistes inquiets
Photo: Mario Beauregard/MétroLe nouveau terminal Contrecoeur permettrait d'augmenter la capacité maximale du Port à 2,5 millions de conteneurs. Actuellement, elle se situe à environ 1,9 million. 

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) a lancé jeudi une nouvelle offensive en faveur du projet du terminal Contrecoeur. Des organismes écologistes réitèrent toutefois leurs inquiétudes quant aux impacts environnementaux «dévastateurs» qu’aurait un pareil développement au Port de Montréal.

«Cette expansion est essentielle à la chaîne logistique de toutes nos exportations manufacturières», plaide le président de la Chambre de commerce, Michel Leblanc, en entrevue à Métro. On parle d’une énorme chaîne logistique qui mène vers le Midwest américain et qui génère beaucoup d’emplois payants.»

Le nouveau terminal permettrait d’augmenter la capacité maximale du Port à 2,5 millions de conteneurs. Actuellement, elle se situe à environ 1,9 million.

Dans un rapport paru jeudi, son organisation souligne qu’il est possible «d’allier la préservation des écosystèmes du fleuve et son rôle de pilier économique fondamental». La hausse du trafic annuel du Port de Montréal, qui est passé de 1,35 à 1,54 million de conteneurs en cinq ans, appelle à des actions concrètes, d’après la Chambre de commerce.

«Sur l’île de Montréal, le Port est en croissance, mais il atteint ses capacités maximales très rapidement. La voie pour l’avenir, c’est d’aller sur la Rive-Sud.» -Michel Leblanc, président de la CCMM

Cela ne veut pas dire pour autant que les impacts environnementaux sont à négliger, soutient le président. «On doit chercher des solutions, peut-être de créer des écosystèmes de remplacements ou d’ajuster le projet», illustre-t-il.

Le principal dans ce débat est surtout «de ne pas être dogmatique et de considérer qu’il y a plusieurs enjeux», soutient Michel Leblanc. «On fait attention, on reconnaît les enjeux. On n’est pas non plus dans un dogme absolu en faveur du développement économique», laisse-t-il entendre.

Des écologistes inquiets

Pour le directeur québécois de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), Alain Branchaud, il faudrait plutôt mettre le projet sur pause, voire carrément l’annuler. Le projet de terminal à Contrecoeur ne se justifie selon lui «que dans une perspective d’élargissement de l’étalement urbain et de consommation».

«C’est l’exemple parfait d’une expansion vouée à la croissance économique qu’on doit arrêter immédiatement pour se pencher réellement sur les changements climatiques et la crise de la biodiversité.» -Alain Branchaud, directeur québécois de la SNAP

Il rappelle que l’existence du chevalier cuivré – le seul animal vertébré 100% québécois et dont le bassin se situe sur les terrains convoités – est menacée . À peine une centaine d’individus vivent toujours dans la région métropolitaine, ce qui a poussé Ottawa à désigner leur habitat comme «essentiel». Il est donc carrément «illégal» de s’attaquer à sa survie, plaide l’écologiste.

Les revendications des écologistes entourant le projet ne datent pas d’hier. L’an dernier, plusieurs organismes s’étaient réunis pour la cause du chevalier cuivré.

D’autres alternatives pour la CCMM?

Même son de cloche pour le porte-parole de Greenpeace Canada, Patrick Bonin, pour qui le discours de la CCMM est tout simplement «passéiste».

«Elle dit vouloir lutter contre les changements climatiques, mais supporte en même temps un projet qui accentuerait la pression sur la biodiversité. On est littéralement en train de creuser notre tombe en voulant continuer dans cette lubie de croissance économique sans fin, alors que tous les scientifiques nous disent que l’heure du virage drastique est arrivée», insiste-t-il.

Patrick Bonin appelle les gouvernements, ainsi que la CCMM, «à considérer d’autres alternatives», à commencer par l’optimisation de la capacité d’accueil du Port qui, selon lui, «existe encore».

À la Fondation David Suzuki (FDS), le directeur général Karel Mayrand abonde dans le même sens.

«C’est une source de grande préoccupation pour nous, autant que le port de Québec qui est en train d’être développé sans tenir compte des lois provinciales et des impacts environnementaux», lâche-t-il.